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vendredi 21 avril 2017

Chronique 2017 : Les Hommes de convictions

Avant propos de la chronique : 

A l'approche de l'élection présidentielle française de 2017, notre monde a bien changé... Donald Trump est à la tête des Etats-Unis, Le Royaume-Uni quitte peu à peu l'Europe, les attentats s'enchaînent, les populismes ne cesse de gagner du terrain, la Turquie vient d'offrir les pleins pouvoirs à son président et la population syrienne a été lâchement gazé. Face à ses bouleversement, ses drames, ses injustices, il est peut être temps de penser un monde nouveau, d'avoir une hauteur de vue et une vision claire des enjeux de demain... Mais la France (aussi grande soit elle) pourrait bien bien nous décevoir. 


Le 21 Mars 2017,

Ah les Hommes de convictions… Les visionnaires, les lumières, les penseurs, les acharnés, les révolutionnaires… Où sont-ils donc passés. Je m’inquiète… Pire je me désespère de voir mon pays, mon grand pays sombrer dans les marécages de la médiocrité belliqueuse.

Le démocratie se nécrose mais elle ne s’en inquiète guère… Pire, ses propres enfants la trahisse, l’insulte et la déshonore. En tant que citoyen et fils d’une nation forte d’histoires et de combats, je n’admets pas qu’un Républicain après avoir salie sa fonction, sa famille politique, l’indépendance et la légitimité de nos institutions, ose encore se tenir face aux français, sans honte, sans gêne en espérant s’assoir orgueilleusement dans le fauteuil du Président. 

Il y a peu de doute à avoir sur mon positionnement politique, il est bien évident que je ne suis ni un libéral, ni un conservateur avisé. Mais j’espérai malgré tout, en temps que simple amoureux de la politique et du débat d’idées que la Droite Française se réveille… Montre à ses concitoyens qu’elle porte encore les valeurs de morale de ceux qui l’ont construite et adoubé. L’a t-elle fait ? En maintenant un menteur, un vénal et pire un corrupteur de la République, notre Droite valide ses comportements néfastes et réducteurs pour le débat démocratique.

L’affaire de Monsieur Fillon n’aura pas éclabousser que la droite. Les révélations des attachés parlementaires douteux semblent se multiplier. A quoi joue notre classe politique ? Elle qui ne cesse de répéter aux Français de se serrer la ceintures, de travailler plus, de payer plus d’impôts, de taxes, de charges. Comment ose t-elle vivre dans l’opulence et l’impunité comme des petits seigneurs agrippés sur le dos de la République. Etre députés, représentant du peuple ou garant des institutions ce n’est pas un pouvoir, c’est un devoir… Un devoir dont les citoyens attendent une certaine maîtrise, un respect et des résultats.  On ne gravit pas les marches de la République pour jouir de ses avantages, on les gravit pour la servir avec honneur.

Que l’extrême droite viennent tirer profit des faiblesses de la République Française et des institutions Européennes ne m’étonnent guère : je ne les considèrerai jamais comme des républicains ou des défenseurs de la démocratie… Bien au contraire. Je suis attristé par leur ascension et peiné de voir que certains Hommes politiques alimentent ses flammes. Et oui... nos partis historiques de gauche et de droite s’octroient l’audace de jouer avec les pouvoirs que nous leur avons confiés.  

Où sont les Hommes de conviction ? Les visionnaires ? les lumières ? les penseurs ? les acharnés ? les révolutionnaires ? Où sont-ils donc passés ? 
Dans notre triste époque Marine Lepen s’approprie les citations de Victor Hugo, fervent défenseurs des Droits de l’Homme et de l’Europe, François Fillon l’audace d’invoquer le Général De Gaule, Libérateur de la France en 44 et père de la 5e République qu’il ne cesse de salir par ses mensonges et son radicalisme honteux. Pendant ce temps, la gauche se cherche, vacille, expérimente sans enthousiasme… Et Emmanuel Macron s’accommode des incertitudes pour proposer du vide et pour continuer la politique des élites pour les élites par élites. 


Pour la première fois, j’ignore toujours à qui reviendra mon bulletin de vote. Et hélas, je le sais pourtant décisif et nécessaire pour empêcher mon pays de tomber dans les mains des populistes les plus nauséabonds… La charge des citoyens français est lourde aujourd’hui… Et j’en veux à l’entièreté de notre classe politique qui nous a conduit jusqu’à ce point de non retour par faute de convictions, de vision, de respect, d’honneur et de devoirs envers la République.  

jeudi 29 décembre 2016

Une année 2016 ponctuée de Chroniques...


L'année s'achève... Et nous avons partagé tant de mots cette année tous ensemble ! Vous êtes toujours plus nombreux à venir découvrir mes chroniques et cela me fait grandement plaisir.
Pour terminer ce long voyage de l'année 2016, quoi de mieux que de se remémorer quelques unes des chroniques qui ont rythmés le blog.

C'est en octobre 2015, que je prends l'initiative de faire revivre ce blog "All the Little Things" ouvert en 2010 et en sommeil depuis 2012. Rebaptisé "Les Chroniques d'un auteur perdu", je m'y confie à nouveau en prenant soin de traiter de sujets larges et variés. Si l'année 2015 voit le blog renaitre, c'est sur celle de 2016 que les chroniques vont faire leur grand retour.

"Je n'ai jamais..." est la première chronique de l'année 2016. Une chronique importante qui pose les bases de mon envie et de mon besoin d'écrire à nouveau... J'y rends hommage à un ami trop vite parti en août 2014, qui a laissé dans mon coeur une cicatrice indélébile et une soif d'écrire désormais indestructible.

"Je suis à Turnpike Lane" va réellement faire revivre le blog puisqu'elle se hisse en quelques semaines dans le classement des chroniques les plus lus du blog. Elle fut en réalité écrite en 2014, sur un petit calepin de notes... Je venais de découvrir les tromperies de mon petit ami de l'époque... le coeur lourd et remplis de doute, je m'étais enfui à Londres pour retrouver une amie, dans le district de Turnpike Lane où j'espérais bien me reconstruire.

"Le carton de livres" me conforte dans l'idée que le blog reprend vie. Cette chronique très plébiscité, parle de cette relation ambiguë que j'ai entretenue avec mon grand-père. Un amour, un partage et une admiration discrète, tout en silence et en sous entendu. Nos différences s'effaçaient pourtant devant l'amour des livres... Et avoir aujourd'hui les nombreux livres de mon grand-père à mes côtés, reste le plus beaux cadeau que l'on pouvait me faire.

"Partir" est une chronique assez particulière, je la publie sur le blog à la fin du mois de mai. Il s'agit en réalité d'une chronique écrite un an plus tôt. Mais elle reprend étrangement tout son sens, à cet instant de l'année où je suis emplie de doutes et d'incertitudes sur mon avenir et ma place à Paris. J'y fais part de ce besoin d'ailleurs et de pouvoir me réinventer. Est-il bien temps de partir ? C'est en tout cas aujourd'hui l'une des chroniques le plus lus du blog !

"Je veux croire en l'Europe" est la première chronique un peu engagée que je partage sur le blog... Un vrai changement comparé aux précédentes où je me contente très souvent de parler de mon passé et de mes émotions. Cette chronique voit le jour en plein débat sur le Brexit, qui amène en toile de fond une fragilité à l'Europe. J'y hurle ma colère et mon incompréhension face à cette Europe qui n'a pas su écouter les siens et qui s'est enfermé dans les privilèges et la croissance sans fin au point de laisser naître des doutes sur la belle promesse qu'elle incarnait jadis.  

"un sursaut d'urgence" est une chronique assez interrogative sur le monde dans lequel nous vivons. Un monde qui semble se refermer, se replier à l'aube de l'individualisme et du chacun pour soi. Non loin des frontières de l'Europe, des femmes, des enfants, des hommes attendent notre main tendue et espère une aide... Une aide qui peine à venir et qui se noie face aux discours extrêmes de frontières et de replis... Ne sommes nous pas assez "Homme" pour se comprendre et s'entre aider ?

"La Danse d'Ahmad" est très certainement la chronique qui a fait ma fierté cette année. Elle s'est partagée au delà de mes espoirs. Tout a commencé devant un court reportage sur ce danseur syrien Ahmad Joudeh qui risquait sa vie au quotidien entre les menaces de Daesh et les frappes aériennes. Il continuait malgré tout d'offrir son art dans la tourmente. Fabuleuse histoire qu'est la sienne, il est aujourd'hui en sécurité aux Pays Bas à l'école nationale de ballet. Cette chronique improbable m'aura permis de rentrer en contact avec les personnes qui ont aidé son départ et avec Ahmad lui même. Je parlerais d'ailleurs de ces moments de partages dans une seconde chronique "L'espoir d'Ahmad" 

"Tecumseh" est pour moi une nouvelle façon d'aborder une chronique... Pour la première fois, je fais entrer le lecteur dans le travail préparatoire d'un futur roman, en l'emmenant avec moi dans mes recherches et mes lectures. Ce nouveau projet de livre qui m'amène donc sur les traces des Amérindiens, met en lumière une personnalité trop peu connu et pourtant si importante dans l'histoire des indiens d'Amérique : Tecumseh. Je lui rend hommage dans cette chronique, lui qui m'a fasciné et interrogé sur son voyage et sur l'espoir qu'il aurait pu représenter pour la nation indiennes.

Merci à tous pour ces moments partagés... Nous sommes prêt à aborder 2017 avec autant que fougue, de joie, d'amour, de partage, de doute et de colère parfois. L'écriture est là pour capter nos émotions, pour les transmettre et les graver à jamais dans le temps. Ces chroniques resteront toujours dans mon coeur et je me languis déjà de celles à venir. Bonne fête à tous, prenez soin de vous...

Julien Gaüzère 

lundi 19 décembre 2016

Chronique 2016 : Réveille-toi Europe !

Avant propos de la chronique : 
Cette chronique arrive avec un peu de retard sur le blog. c'est un texte écrit à la volée juste après l'annonce du Brexit. Une inquiétude, une tristesse, une colère... Pourquoi l'Europe reste sourde ? Pourquoi n'écoute t-elle pas ses peuples qui ne supportent plus les mensonges et les trahisons d'un système à l'agonie ? 


24 juin 2016, Saint Jean de Luz,

Hier, après un après-midi clair, les nuages sont arrivés sur la côte. Avant de me coucher, j’ai arpenté une dernière fois la bais de Saint Jean avec ma grand mère. On a observé avec légèreté les orages qui tournoyaient sur des vagues excités. Loin de Paris, loin de mes soucis, loin de ma plume d’écrivain… J’avais presque oublié que le Brexit était encore possible. Ce n’est qu’au petit matin que je me suis aperçu que les orages m’avaient suivis jusqu’au pied du lit. 

Une étoile vient de filer sur le drapeau européen. Un flot d’image, de souvenirs me traversent l’esprit, moi qui considère Londres depuis longtemps comme mon refuge… Une peine profonde que j’arrive difficilement à camoufler. Un regret de voir s’éloigner ce pays, cette nation que j’aime tant. Les britanniques ont toujours été à mes yeux des gens profondément ouvert, tourné vers l’avenir et vers la diversité. Comme un cauchemar à peine envisageable, je découvre ce matin un Royaume replié, terrorisé par l’extérieur, retournant à la case « passé ».

Mais la peine laisse peu à peu place à la colère… Comment en vouloir à la Grande-Bretagne ? La fautive de ce séisme historique n’est-elle pas l’Europe elle même ? Une Europe de procédures, de taxes, d’austérité. Une Europe qui ne prend pas le poult de ses citoyens, incapable de les écouter, de les comprendre… Quel constat amer de voir une nouvelle fois que l’Europe ne comprend pas que sa société est malade et qu’elle se sent abandonnée. 

Pourtant les houles orageuses s’engouffrent dans les brèches fragiles de l’Europe depuis bien longtemps. Les doutes il y a encore quelques semaines de voir l’Autriche s’offrir à l’extrême droite, la réalité d’un malaise en Hongrie, en Grèce, en Italie, au Danemark, en Pologne… Même en France. Pourquoi l’Europe ne s’inquiètent guère de ces signaux alarmant ? Les dirigeants européens sont-ils en phase avec leurs citoyens, s’intéressent-ils à leur problèmes, leurs angoisses et leur incertitudes ?  

Honte à l’Europe de nous avoir abandonner, d’avoir sacrifié nos combats, nos victoires et nos réussites… D’avoir sacrifié une étoile du drapeau par pure suffisance. Comme il est écoeurant de voir se réveiller les pires charognard lorsque l’Europe boitille. Les extrêmes jubilent et font planer sur les plus beaux fondement d’autrefois, une ombre inquiétante. 

Je pense à la jeunesse britannique qui était majoritairement favorable au maintien et qui aujourd’hui est bassement sacrifiée pour le simple fait que l’Europe n’a jamais su nous parler. 
Qui es-tu Europe ? Que veux-tu ? Qu’attends-tu de nous ? Le sais-tu toi même ? 
Qui aurai cru que je pourrai dire un jour que je ferai partie de la génération qui a cassé l’Europe ? Moi qui est grandi en son sein et qui porte ses valeurs. Réveille  toi Europe ! Réveille toi je t’en supplie ! 

Tes citoyens, ta jeunesse, tes compatriotes ont besoins de toi. Montre nous le chemin d’une transition énergique indispensable ou d'une politique environnementale juste et novatrice. une fiscalité commune ou un salaire universelle versé à chaque citoyens pour permettre une nouvelle vision du travail et l’implication dans un monde en mouvement. Une politique migratoire juste et humaine. Une Europe des savoirs faire et du savoir vivre ensemble. Une Europe des gastronomies et de la culture.  

Je veux encore croire que tu vas te réveiller Europe. Je veux encore croire… Même si je regarde aujourd’hui avec beaucoup d’incertitude les orages qui tournoient sur la marée agitée. 

mardi 6 décembre 2016

Chronique 2016 : L'espoir d'Ahmad






Il y a quelques semaines, j’ai publié ici, une chronique, un cri, un message qui me semblait important. Ahmad par son histoire, son courage et sa combativité m’avait touché et fasciné. 
Je me suis vu à travers lui. Il m’a permis de me rappeler à quel point nos rêves sont fragiles et volatiles… Il m’a permis de me rappeler cette chance que j’ai de pouvoir rester maître de mon art.

« La Danse d’Ahmad », ma précédente chronique aurait pu rester une bouteille jetée à la mer et sans grande lecture comme la plupart des mes chroniques d’ailleurs. Mais le destin de celle-ci m’a confirmé la puissance de l’écriture et la valeur des mots justes. Cette chronique s’est partagée un peu partout, du Moyen Orient jusqu’au coeur de l’Europe…

Je n’ai cessé de penser à ce garçon danseur. A ce danger qu’il courait au quotidien… tout en me disant que mes mots n’égaleront jamais la paix qu’il mérite. Puis un soir, alors que j’écrivais une nouvelle chronique… J’ai découvert un mail envoyé par une femme formidable vivant à Amsterdam… Un message concis mais qui a ampli mon coeur de joie « Ahmad is safe » il y était joins avec ces quelques mots une photo…

Etonné que ma chronique soit parvenue jusqu’à eux, je me suis mis à correspondre avec Marja, Nicolas, Michèle et tant d'autres qui ont contribué à plus d’un titre à aider Ahmad à venir s’installer à Amsterdam. Ils m’ont montré ce que la bonté des Hommes peut offrir de meilleur. La chaîne d’amitié qui s’est formée autour d’Ahmad est impressionnante. Puisque les professeurs et les élèves du Nationale Ballet d’Amsterdam ont aussi contribué à cette belle histoire pour le sauver. 

Marja m’a raconté avec beaucoup d’amour et de bienveillance, sa première rencontre avec ce grand danseur peu de temps après son arrivée. Un garçon fort, calme et apaisant. Elle m’a parlé de ses premiers jours à Amsterdam et de ce vélo assez symbolique qu’ils lui ont tous offert. Grâce à elle, ma petite chronique, un peu gauche et bancale, est arrivé jusqu’à Ahmad et je l’en remercie. Tout comme je remercie Nicolas Mansfield d’être cet homme extraordinaire, pleins de bonté, d’engagements et de certitudes… Oh comme le monde a besoin de ces hommes là par les temps qui courent !   

Les derniers mots bien sûr ne pouvaient venir que d’Ahmad… Et ceux là je les garderai précieusement pour moi… le long voyage de ma chronique aura confortée mon idée que l’Art change et changera toujours le monde, les Hommes et les rapprochera bien plus qu’ils ne se déchirent. 

Ahmad, quel long et périlleux voyage tu as fait… Tant de gens fantastiques rencontrés sur ta route.  Et tu danses… Tu danses pour la paix, pour ta famille, tes proches et pour tout ceux que l'on doit encore secourir. Je crois toujours en toi et en ta capacité à changer le monde, à le rendre meilleur et à prendre à coeur ce rôle qui t’es donné de bouleverser les codes et les préjugées. 
          

Comme ma précédente chronique se terminait sur un espoir, j’ai envie d’achever celle-ci sur une promesse : Désormais, je te sais en sécurité Ahmad, auprès de gens généreux et bienveillants. Je suis un homme qui prie bien peu mais les prières que j’ai murmuré pour toi, se sont exaucées. Tu es libre, libre de danser avec autant de fougue et d’insolence que mes mots… Et puisque l’invitation est donnée, je prends date pour ce jour où je pourrais enfin tous vous rencontrer… m’assoir dans ce théâtre et te voir danser sur la scène d’Amsterdam…      

dimanche 13 novembre 2016

Chronique 2016 : Les Bougies


Avant propos de la chronique : 
Ce soir, c'est le 13 novembre 2016, voilà un an que nous avons vécu l'horreur ici à Paris... Une nuit qui a marqué un changement, une bascule dans nos coeurs et nos esprits. Après les attentats, impossible de trouver les mots, de pouvoir écrire avec justesse sur ces événements. Il m'aura fallu un an pour pouvoir sortir cette chronique qui dépeint avec inquiétude les sombres heures du monde que nous traversons. 


La première fois que j’ai allumé une bougie, je n'avais pas plus de 3 ans… C’était dans l’église de Saint Jean de Luz. Ma grand-mère m’avait dit en chuchotant que cette bougie protégerait Aitaxi (mon arrière grand-père) parti au ciel. On l’a regardé bruler un instant, en silence. Elle me semblait belle, sereine et douce. Puis on est parti, on l’a laissé… J’ignore ce qu’elle est devenue, certains diront qu’elle s’est consumée… Mais je n’en crois rien, je suis certain qu’elle brûle encore. 
Depuis ce jour, l’enfant que j’étais fut persuadé d’une chose : Une église cela sert à chuchoter et à allumer une bougie. 

La deuxième fois que j’ai allumé une bougie, J’avais à peine 6 ans… c’était un soir de Noël. Les réveillons de Noël ont toujours été très intimiste par chez moi… Juste mon père, ma mère, la douceur du sapin de Noël et la crèche posée sur le rebord de la télévision. Ce soir là, je n’attendais qu’une chose : allumer la bougie qu’on avait pris soin de choisir avec maman pour souhaiter la paix et la fin de la famine dans le monde. On nous avait beaucoup parlé de cette initiative à l’école, à t-elle point qu’elle me paraissait importante cette bougie... et qu’elle allait à mes yeux changer la face du monde. Ce soir là, la cité de Noisiel, où je vivais, n’était plus la même. Des centaines de bougies étaient posées aux fenêtres. Elles semblaient se mouvoir, danser et même s’envoler. J’ignore où sont parties toutes ces lumières… Certains diront qu’elle n’ont servis à rien. Je n’ai pas vraiment la réponse, je sais juste que je ne les ai jamais revus par ici. 
Depuis ce jour, l’enfant que j’étais a compris une chose : une bougie à la fenêtre cela sert à envoyer de l’espoir loin… très loin d’ici

La troisième fois que j’ai allumé une bougie, j’avais tout juste 8 ans, c’était par une nuit d’orage. L’été, par forte chaleur, l’orage vient toujours gronder aux bords de l’Atlantique. Avec mes cousines, nous passions toujours les vacances chez Papi et Mamie. Les journées étaient rythmées de jeux, de rires et de légèreté. Mais ce soir là, un élément inattendu est venu perturber notre quotidien. L’orage a déchiré le ciel étoilé et a privé notre quartier d’électricité. Mes grands-parents se sont précipités au garage pour chercher une boite de bougies. Un peu effrayés au départ, nous avons vite trouvé du réconfort auprès de ces flammes réconfortantes. Les rires sont peu à peu revenus… Nous nous sommes même racontés de nombreuses histoires ce soir là… Oubliant d’ailleurs que l’orage était déjà bien loin. J’ignore où sont partis ces bougies d’été… Certains diront qu’elles se sont éteintes avec le retour du soleil… Mais je n’en crois rien. 
Depuis ce jour, l’enfant que j’étais a appris une chose : Une bougie, un soir d’orage, cela sert à chasser les tempêtes en se racontant des histoires.   

La quatrième fois que j’ai allumé une bougie, j’avais plus de vingt ans. C’était un soir de juin où mon coeur se déchirait. Mon grand-père, mon modèle… Venait de nous quitter. Toute la famille était parti dans le sud, sauf moi. Je me retrouvais là, coincé à Paris parce que mon travail m’empêchait de prendre le temps du deuil. J’ai haïe Paris comme jamais, ce soir là. J’ai haïe la distance, j’ai haïe les obligations, les futilités… J’avais besoin de mon moment, de mon recueillement. Alors j’ai sorti la plus belle photo de mon grand père. J’ai posé une bougie douce et solennelle à son chevet. Je l’ai contemplé toute la nuit… Pour la première fois, je l’ai vu s’éteindre… Je l’ai vu s’éteindre avant de fermer les yeux à mon tour. 
Depuis ce jour, le jeune homme que j’étais à appris une chose : Une bougie devant une photo, cela sert à accompagner des larmes et à se rapprocher des êtres qui nous manquent. 

Puis avec le temps, j’ai arrêté de compter les bougies. Comme celles qui s’accumulent chaque année sur un gâteau d’anniversaire. Elles sont importantes, elles sont majestueuses et victorieuses. Mes amis les applaudissent toujours avec ferveur en chantant gaiement... et c’est un bonheur de les savoir toujours a mes cotés. En soufflant mes tendres années, je remercie toujours le ciel d’être auprès de ceux que j’aime tout en laissant échapper l’espoir qu’il en sera toujours ainsi. 
Il est vrai que j’ai appris une chose : les bougies sur un gâteau d’anniversaire cela sert avant tout à sceller des amitiés. 

Et même si j’ai cessé de compter les bougies, il y en a certaines que l’on n’oublie pas… j’avais tout juste vingt huit ans. C’était un soir où Paris venait d’être blessée. Elle était calme, silencieuse, encore sous le choc. Nous venions de perdre tant d’amis, tant de soeurs, de frères, de fils et de filles en l’espace d’une seule soirée. Il n’y avait pas mots, pas de réconfort et pas vraiment d’espoir cette nuit là… Alors les bougies sont revenues place de la République… Pour accompagner nos chagrins, nos incompréhensions… Pour ramener de la lumière, peut être pas dans nos coeurs hélas, mais au moins dans nos esprits. 
Cette nuit là, près des gens que j’aime, Place de la République, j’ai compris que les bougies pouvaient rapprocher les Hommes.   

Il est vrai qu’il y a autant de bougies que d’injustice, autant de combats que de causes. Il n’y aura jamais assez de bougies pour toutes les douleurs du monde… Alors j’en allume autant que je peux, sans les compter… Tout en espérant que les enfants de demain allumeront les derrières et qu’ils se diront peut être: Moi je n’ai allumé qu’une bougie dans ma vie… Et qu’il garderont les autres, les importantes, les véritables, pour les soirs d’orages et les célébrations entre amis.    

lundi 17 octobre 2016

Chronique 2016 : La Danse d'Ahmad


Avant propos de la chronique :
7 Octobre 2016, Au milieu de l’écriture d’un nouveau roman, je suis tombé sur la danse gracieuse et envoutante d’Ahmad Joudeh dans une vidéo sur YouTube. J'ai découvert ce garçon par pur hasard sur ces images un brin flou et imprécise. Impossible de ne pas être touché par le parcours d'Ahmad... Ce soir, en découvrant son histoire, je n'ai pu retenir mes larmes. Tout en faisant le parallèle avec ma façon (très libre) de vivre mon art, j’ai posé les mots d’une nouvelle chronique…


La Danse d'Ahmad

J’ai toujours cru que l’art aidait à grandir et à être une version meilleure de soi. Même si mes doigts ont joué avec les instruments de musique, les pinceaux et les fusains, c’est dans l’écriture qu’ils ont trouvé leur plus sincère expression.

Ces dernières années j’ai constaté qu’une ombre s’est installée dans mon art. Une noirceur, une fêlure que je ne connaissais pas. J’ignore si mon écriture s’est assombrie par pur hasard ou si elle n’est que le reflet d’un monde plus instable et incertain.

Comme j’ai de la chance, de pouvoir écrire… Ecrire à l’infini, sans filtres, ni barrages… Sans peurs, ni représailles. Comme j’ai de la chance de pouvoir écrire ma vérité, mes histoires et mes états d’âmes. Oui en ce qui me concerne, je n’ai que de la « chance »… Pour d’autres faire vivre un art relève du combat, du courage et de l’héroïsme.

Ce soir, sur mon écran, tandis que je cherchais mes mots pour une énième histoire, tranquillement posé sur mon lit, mes yeux d'artiste ont rencontré Ahmad. Il dansait sur une vidéo de quelques minutes, tournoyant avec précision et dignité dans les décombres de ce qui fut jadis son « chez lui ».

Il est vrai que je ne connais pas ce garçon qui vit à des milliers de kilomètres. Pourtant, il ne fait aucun doute qu’il est mon frère… Un frère d’art à la recherche de beauté, de vérité et de liberté.

Ahmad risque sa vie chaque jour, chaque minute… Malgré tout il n’a pas fuis les barbares et les bombes. Il est resté pour danser dans la poussière et pour continuer à enseigner et transmettre son talent. Impossible de retenir mes larmes, de ne pas ressentir de la colère, de l’impuissance…

J’ai si peur pour lui. Lui, qui semble être l’un des derniers espoirs de son pays sacrifié. Ahmad n’en a peut être pas conscience mais il est un véritable miracle… Une preuve, s’il en fallait encore une, que l’Art survivra toujours dans le néant et la guerre.

Ahmad n'a pas gagné cette force par hasard... Sa mère, une femme du désert de Palmyra, est un exemple d'humilité et d’humanité assez rare. Elle a soutenu Ahmad dans les tempêtes et les passions avec un amour sincère. Seul et impuissant, dans ma petite chambre aux lumières tamisées, je m'inquiète pour eux. Eux qui n'ont pas les moyens de s'engager dans ce long voyage qui conduit vers l'Europe.

J’espère qu’un jour … bientôt ou même demain, Ahmad aura un rôle, une importance dans la construction d’un avenir meilleur et d’un art libéré. Je ne doute pas un instant que ce garçon y prendra toute sa part. J’espère qu’un jour… bientôt ou même demain… Ahmad pourra enfin se dire « Comme j’ai de la chance de
pouvoir danser… Danser à l’infini, sans filtres ni barrages… Sans peurs ni représailles. Comme j’ai de la chance de pouvoir danser ma vérité, mon histoire et mes états d’âmes » J’aimerai pouvoir lui donner un peu de ma chance et le soulager dans ses nombreux combats.

J’ignore si Ahmad tient bon dans ce monde instable. Je suis un homme qui prie bien peu. Mais ce soir, je prierai pour toi Ahmad. Que Dieu te protège, toi, les tiens, ta danse et ton élégance. Que Dieu te protège et te garde près de nous. Danse autant que j’écris… Danse avec autant de fougue et d’insolence que mes mots… Danse mon frère jusqu’à ce jour où je pourrai enfin m’assoir dans ce théâtre et te voir vivre sur une scène de ton pays…

lundi 10 octobre 2016

Chronique 2016 : Un sursaut d’urgence

Avant Propos de la chronique :
En mai 2016, je m'agace quelque peu de mon boulot et des arcanes de cette société de consommation dans laquelle je suis empêtré. Tandis que j'essaye de trouver une issue à cette vie peu ouverte sur les autres, je prends du recul,  j'offre de mon temps pour aider les autres. Une importance qui me semble cruciale, surtout aux vues des événement catastrophiques qui se déroulent à nos frontières. J'ai décidé de tendre la main... Et vous ? 


Cela fait maintenant plusieurs années que je partage ces chroniques. Vous y trouvez mes questionnements, mes raisonnements. Ils m’accompagnent sur cette longue route qui me mène aux frontières de l’écriture. 

Frontière… C’est un mot très à la mode par chez-nous ces derniers temps. La frontière est pourtant une chimère… Un concept impalpable crée par l’Homme pour l’Homme. Nous lui avons donnée les plus grandes vertus : La frontière protège, la frontière défend. En revanche, nous avons aussi oublié ses vices : La frontière emprisonne, la frontière exclut.

Vous entendez très certainement beaucoup d’haineux s’emporter à son sujet. C’est bien connu : Le chien aboie toujours plus fort lorsqu’il est du bon côté de la clôture.
Je ne suis pas de ceux qui aboie, on m’a toujours appris à ne pas être hargneux avec mes semblables. 

Malgré tout, il est difficile d’avoir un avis tranché sur la frontière. Nous avons tous au fond de nous une relation ambigüe avec cette notion. Nous créons nous même des frontières avec les autres : que ce soit dans le quotidien le plus banal ou même dans l’intimité la plus charnelle. Dans tous ces cas de figure, vous rencontrerez une frontière.

En tant qu'auteur, pour pouvoir écrire librement, sans me restreindre et pour éviter de me trouver face à un mur, j’ai pris des chemins de traverses. J’ai dépassé ma propre frontière en construisant une carrière professionnelle confortable... pourtant à mille lieux de mes convictions, de ma personne et de mon envie de partage. Le monde du luxe est un univers assez égocentrique qui protège bien ses frontières tout en entretenant son amour pour les billets de banques. 

Evidement  que la remise en cause de la frontière est discutable et je ne prétends absolument pas avoir des solutions ou un concept révolutionnaire pour la remplacer. Je me demande juste, lorsque nos semblables, nos égaux afflux à nos portes pour demander refuge, si nous pourrions temporairement l’oublier et se contenter d’apporter notre aide ? 

Nous sommes envahis d’images, inondés d’articles… Assiégés d’informations nauséabondes. Comment ne pas avoir honte ? Où est la grande Europe ? où sont les droits de l’Homme ? Où est la dignité ? Où est la grandeur de nos gouvernements ? 
Tous ces beaux principes sont de notre côté de la frontière à jouer les égoïstes. 

J'ai longtemps pensé avoir fait le bon choix pour moi, pour l’écriture… Mais je prends conscience que je suis peut être (certainement) du mauvais côté de la barrière cette fois ci. Mes convictions s’emballent… Comment s’enfuir du camp des égoïstes lorsque les frontières sont quasiment fermées.

Cette fois, je met une distance, je dresse un mur entre moi et le superficiel. J’ai besoin de me retrouver… De croire que je peux être l’Europe dont je rêve, que je peux être le pays dont je serais fier… être un homme utile. 

J’aime dire que la richesse de l’Homme est qu’il vient toujours d’ailleurs. L'"Autre" ne vous ressemble jamais mais il a toujours quelque chose à vous apprendre… Et on apprend toujours plus lorsque l’on repousse les frontières. 

Impossible pour moi de rester les bras croiser face à la guerre et à l’injustice. Il était urgent à mon sens que j’aide autant que possible ceux que l’on appelle si froidement « les migrants ». J’ignore ce qu’il se passera demain. Je sais hélas que le spectre des frontières rodent toujours par chez nous. Mais réfléchissez un instant… après ce long voyage, après tant de danger... ne souhaiteriez vous pas un simple « Bienvenue ». 

vendredi 17 juin 2016

Chronique 2016 : Je veux croire en l'Europe

Avant propos de la chronique : 
Le 16 juin 2016, Jo Cox, une députée britannique en faveur du maintient de la Grande-Bretagne dans l'union européenne est assassinée. L'Europe traverse des heures sombres et inquiétantes. Dans un désir malsain de frontières, de peur de l'autre et de repli sur soi, l'Europe renie t-elle ses valeurs ? N'est-elle pas la seule fautive de sa décadence ? Les événements de ces derniers jours m'ont poussé à écrire cette chronique. 

  

« Messieurs, je le dis en terminant, et que cette pensée nous encourage, ce n’est pas d’aujourd’hui que le genre humain est en marche dans cette voie providentielle. Dans notre vieille Europe, l’Angleterre a fait le premier pas, et par son exemple séculaire elle a dit aux peuples : Vous êtes libres ! La France a fait le second pas, et elle a dit aux peuples : Vous êtes souverains ! Maintenant faisons le troisième pas, tous ensemble, France-Angleterre, Belgique, Allemagne, Italie, Europe, Amérique. Disons aux peuples : Vous êtes frères ! » Victor Hugo, congrès de la paix, août 1849.   

Jeudi 16 Juin 2016, 

Hugo croyait profondément en l’Europe des nations. Il avait foi en un avenir serein et plein de promesses. Il est vrai que l’Europe a fini par éclore, bien après lui malheureusement, mais c’est-elle fondée sur ses espoirs et ses attentes ? 

Personne n’oubliera que deux guerres sont venues affaiblir les rêves d’Hugo. Mais ses aspirations et ses discours ne furent pas partagés en vain, car j’ai eu la chance de faire partie de la « génération européenne ». J’ai vu les derniers remparts de la guerre froide s’effondrer. J’ai vu les peuples se rassembler, les frontières s’ouvrir, la France et l’Angleterre créer un tunnel pour se rapprocher. J’ai même vu la France et l’Allemagne se tenir à nouveau la main et l’Espagne croire enfin en des lendemains meilleurs après la dictature.

Après tant de chemins fait main dans la main, tant de symboles emportés par les peuples pour les peuples, l’Europe semblait solide, forte, protectrice, belle et remplie de valeur. J’ai grandi sous ces symboles, je ne peux que les chérir, ils sont inscrit dans ma chair parce que comme le souhaitait Hugo, je suis devenu Européen. 

Mais qu’est devenu l’Europe ? aujourd’hui et à mon grand regret, l’Europe est sourde. Elle n’écoute plus ses peuples… Elle les oublie. Elle ne parle que de marchés, de capitaux, d’endettement, d’austérité et de banque centrale. L’Europe n’est plus une nation unie, c’est une agence bancaire qui a fini par renier les rêves de l’un de ses créateurs : Le peuple est libre, le peuple est souverain. L’Europe n’interroge plus les siens, elle impose. L’Europe ne rassemble plus les siens, elle les oppose. 

Face à ces tourments, les extrêmes montent, se réveillent, s’emparent de l’Europe pour mieux la détruire. Les peuples l’abandonnent, se détournent d’elle et partent dans les bras de parties obscures rêvant de frontières et d’identités. Comme j’aimerai que mon Europe renaisse de ses cendres, tel un beau phoenix, avant qu’il ne soit trop tard. Mais l’Europe reste sourde et continue de compter ses liasses au lieu d’offrir une vision à ses peuples. 

Aujourd’hui, et pour la première fois, j’ai peur. L’Angleterre emporté par un vent de contestation, s’apprête à remettre en cause sa place dans l’Europe. L’Angleterre si chère à Hugo, l’Angleterre si chère à mon coeur. Je n’en avais jamais vraiment douté : les britanniques sont mes frères. Je les ai toujours vu à nos cotés. Dans les heures les plus sombres de la guerre et dans les jours les plus heureux de la construction européenne. Les perdre serait un déchirement et serait LA faute… De l’Europe. 

L’Europe mesure t-elle l’ampleur de ce qui est en train de se produire ? Le départ des anglais sera la porte ouverte aux idées les plus nauséabondes… Ces idées qui pullulent déjà en France, en Autriche, en Grèce, en Pologne… Ces idées qui nécrosent peu à peu nos valeurs, nos ressemblances et nos accomplissements. Où est l’Europe ? Que fait-elle ? Va t-elle enfin nous parler ? Et pourquoi je parle d’elle comme d’une étrangère alors qu’elle est ma Patrie ? Moi qui lui ai donné tous mes espoirs. 

Aujourd’hui, une députée britannique a été abattue en pleine rue, lâchement, après un meeting pour le maintien de l’Angleterre dans l’union. Mon chagrin accompagne les proches et particulièrement les enfants de Jo Cox. Comment peut on, aujourd’hui, en 2016, après des siècles de combats européens, mourrir pour le simple fait de croire en l’Europe ?

Où sont les espoirs d’Hugo ? Où est passé son Europe ? A t-elle véritablement existé ? Ne me dites pas que je vais vivre également la fin de l’union de nos pays ! 

Je refuse de croire que tout cela n’était qu’une chimère, je veux croire encore à l’Europe… Pas l’Europe des marchés, pas l’Europe des mensonges et des silences… L’Europe des peuples. Et pour la mémoire de Jo Cox, je veux encore croire en l’Angleterre.