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samedi 3 mars 2018

Chapitre 12 (Le Journal d'un auteur perdu)


Si vous avez manqué les chapitres précédents, retrouvez-les en cliquant dessus ! : 
Chapitre 1 / Chapitre 2 / Chapitre 3 / Chapitre 4 / Chapitre 5/ Chapitre 6 / Chapitre 7 / Chapitre 8 / Chapitre 9 / Chapitre 10 / Chapitre 11 

Cher journal... J'ai un rencard !



Mi décembre 2010,
Ce soir, je suis chez Sémy en compagnie de nos amis, Romain, Eva et Fred. Dehors, rien n'a changé, il neige toujours. Du coup... Rien de mieux que de partager une raclette et une bouteille de vin blanc pour oublier le froid ! Comme à notre habitude, cette soirée est l'occasion de nous confier et de rigoler afin d'oublier nos soucis. Romain nous annonce d'ailleurs que son copain Alex va emménager cher lui. Je dois avouer être assez septique. Au vu des regards que me lance Sémy, je ne pense pas être le seul à m'interroger sur cette initiative. C'est peut être assez idiot, mais je ne peux m'empêcher de faire de parallèle avec mon ex : Charles. Nous avions vécu ensemble dès le début de notre relation... Et même si cette histoire a duré 3 ans, je ne peux m'empêcher de penser que précipiter cette étape fut une erreur. Enfin bref... Je fais abstraction de ce passé et je me réjouis pour Romain, en espérant que je ne suis pas dans un sur-jeu trop visible... Eva est toute contente, ces derniers temps, plein de projets se concrétisent pour elle : elle vient d'enregistrer une version finale de sa maquette et elle s'apprête à quitter l'appartement de son père pour vivre avec une amie en plein Paris. Nous sommes déjà fan de sa chanson ! A vrai dire, il ne fais aucun doute qu'elle a le potentiel pour plaire à des maisons de disques. Eva espère bien que ses efforts vont payer. Au fil de ces conversations... Sémy me demande comment était le concert de Dorothée à Bercy. Je n'ose pas vraiment parler de ma rencontre avec le bel animateur télé... Puis finalement après quelques minutes, je me confie sur cette soirée qui ne m'a pas laissé de glace. Romain, Eva, Fred et Sémy sont euphorique et veulent plein de détails sur cet échange inattendu :

"Tu crois que tu lui plais ?"
"Tu vas le revoir ?"
"Tu vas le rappeler ?"


C'est vrai que cela fait plusieurs jour maintenant que ce concert a eu lieu et je n'ai pas encore eu le courage de rappeler ce garçon. Une fois la soirée chez Sémy terminée, dans ma voiture envahit par la neige, je ressors de ma poche la carte de visite qu'il m'a laissé. Le temps que le chauffage de ma vieille Renault Clio fasse fondre la poudreuse accumulée sur mon pare-brise, je me décide à composer le numéro de l'animateur TV. J'attends quelques sonneries, les mains tremblantes. Je m'apprête à raccrocher lorsqu'il répond. Je tente maladroitement de lancer la conversion.
"Salut, désolé de t'appeler aussi tard... C'est Julien... Le gars du concert de Dorothée...."
L'espace d'un instant, un blanc s'installe... Un blanc qui me met mal à l'aise et me fait me sentir bien bête.
"Ah oui Julien ! ça me fait plaisir que tu me rappelles !"
Je suis soulagé... L'animateur TV me propose de prendre un verre sur Paris après mon travail. Il me demande le quartier où je bosse pour venir m'y rejoindre demain en fin d'après midi. Ma nuit est du coup assez mouvementé... Impossible de trouver le sommeil... Je n'arrête pas de m'imaginer notre futur rendez-vous. J'envisage tous les scénarios, seul, dans mon petit 20 mètres carré. Je tourne en rond, j'angoisse... Et cette sensation m'accompagne jusqu'au petit jour.




En arrivant au siège de la banque ce matin, autant vous dire que j'ai un visage un peu déconfit malgré les cafés que je me suis enchainé entre la maison et mes nombreuses stations de métro.
Je retrouve Zahara qui me presse tout de suite de lui raconter cette soirée au concert de Dorothée. Très vite la conversation ne tourne plus qu'autour de l'animateur télé.

"C'est FOU comme histoire !!!" s'écrie t-elle sans retenue à travers le hall de l'accueil. "Tu imagines que ce garçon va peut être t'aider à nouer des contacts pour tes livres et tes projets d'écrivain !" Zahara a bien du mal à retenir son excitation. Entre deux-trois coups de téléphone et quelques collaborateurs à accueillir, elle ne peut s'empêcher de m'imaginer déjà loin de ce poste mal payé et surtout loin de Madame Zeitoun !

A 18h30, alors que ma journée à la banque s'achève, mon rendez-vous arrive comme il me l'avait promis la veille au téléphone. En le voyant entrer dans le hall de l'accueil, mon coeur s'emballe. Tous mes doutes de la veille s'envolent peu à peu... Je le regarde, lui qui semble tout aussi maladroit face à cette situation... On va s'aimer j'en suis persuadé ! Zahara ne peut se retenir de pousser quelques petits cris de joies qu'elle contient dans ses mains.
"Ne le fais pas attendre ! tu peux partir, je pointerai pour toi et je m'occupe de fermer l'accueil !" me dit-elle avec bienveillance tout en me poussant vers la sortie.

Avec l'animateur télé, nous nous dirigeons vers le bar O'Sullivan qui se trouve non loin de mon travail. On s'installe en terrasse. Tandis qu'il commande un verre de chardonnay, je prends une bière anglaise. Je le dévore des yeux. Il me parle de sa carrière, de ses émissions et de ses projets futurs. De mon coté je lui confie mon parcours un peu atypique et mon désir d'être un jour reconnu en tant qu'écrivain. Mais je vois bien que mes galères d'auteur ne le passionne guère car il s'empresse sans cesse de tout ramener à lui et à l'univers de la télé. Je sais bien qu'il essaye de m'impressionner ou tout du moins de me faire rêver... Mais je suis quelqu'un qui regarde très peu la télé (et surtout pas le style d'émissions qu'il présente). Je reste assez hermétique à ses ambitions.
"Je n'arrive pas à croire que tu ne regardes pas la télé" me lance t'il avec étonnement.
"Je ne te dis pas que je ne la regarde jamais mais il est vrai que je regrette que la télévision soit dans sa majeure partie abrutissante et parfois humiliante. Je n'arrive pas à considérer la télévision comme le seul canal de divertissement et d'information... J'ai besoin de plus que ça"

Sur l'instant, je me demande si mes mots n'ont pas été trop durs car le jeune présentateur s'est muré dans un silence et se contente désormais de boire son verre de vin en regardant les voitures qui défilent sur le boulevard. Après quelques minutes pesantes de silence, il me raccompagne à la bouche de métro avec une légère distance. Je ne pense vraiment pas le revoir pour être honnête. Je me sens bête... je sais que l'on vient de deux univers différent, que l'on a peu de point commun... Et pourtant je ne peux m'empêcher d'admettre qu'il me plait. Alors que je suis dans mon train, je reçois instantanément un message de lui qui me remonte le moral. Il me propose une soirée dans un bar privé à côté d'Opéra pour le sur-lendemain.

J'hésite vraiment à accepter... je ne peux pas dire que ce premier rendez-vous était exceptionnel ! je décide d'appeler Sémy une fois arrivé chez moi pour avoir son avis.
"Tu rigoles !!!??? Tu as interêt à y aller ! ce mec s'est peut être une chance pour ta carrière d'auteur et pour ne rien gâcher il te plait ! alors fonce ! et soit plus FUN pour ce deuxième rencard"





J'ai bien évidemment suivi les conseils de Sémy. Ce soir, je me suis vraiment préparé pour être le plus charmant et charmeur possible. Lorsque je sors à la station Opéra, je prends un peu d'assurance en me répétant dans ma tête : "Julien, tu es drôle et léger.... Drôle et léger !"
En arrivant devant le bar privé, je vois "mon animateur" attendre patiemment, seul. Je m'approche de lui avec un stress difficilement dissimulable. Il me lance un large sourire qui me charme et me rassure.

"J'attends juste quelques amis, tu vas voir, tu vas les adorer !" me lance t-il tout en me prenant la main.
Ses amis ne tardent pas à arriver... Des garçons tous plus beaux les uns que les autres, avec des corps dessinés, mis en valeur par des T-shirts ouverts jusqu'aux nombrils malgré les températures glaciale de ce mois de décembre. Je ne peux m'empêcher de me comparer à eux, moi avec ma petite taille et mon ventre plus amoureux des crèmes glacées que des séries d'abdos à la salle. D'ailleurs très vite je m'efface. Ces garçons prétentieux et pleins de manières ne prennent même pas la peine de m'accorder ne serais-ce qu'un regard.

Une fois dans le bar, mon animateur que j'aimais déjà avec naïveté me lâche la main. Il envahit la piste de danse avec ses "amis": des clichés d'une communauté gay et d'une supériorité parisienne dans laquelle je ne me reconnais pas.
Il est évident que je pourrais partir... Personne ne remarquerai mon absence... Je n'aurai même pas à leur dire au revoir : ils n'ont même pas pris la peine de me dire bonjour et l'animateur télé m'a déjà oublié. Sa langue visite le palais d'un autre type. 
Il est à peine minuit alors avant de m'enfuir comme une Cendrillon cocufié, je m'installe au bar. Le garçon à côté de moi se met à m'adresser la parole. 
"Salut ! Tu veux boire quelque chose ? c'est moi qui invite !"
Je suis un peu étonné et lui demande timidement un Mojito. Le garçon se met à rire sans trop pouvoir se retenir... Je suis tellement fatigué par cette soirée humiliante que je pourrais me mettre à pleurer.  
"Toi, soit tu n'es pas un vrai parisien, soit tu n'es pas un garçon de la nuit" me lance t-il tout en continuant à rire. 
Il commande deux orange daïquiri et commence à se présenter. Il s'appelle Jules et s'est un peu occupé de l'organisation de cette soirée privée. Tout en me donnant mon verre il me lance, tout en me montrant mon animateur télé du doigt : 
"Je suppose que tu es venu accompagné par ce dragueur sans talent ? Oublie-le ça vaut mieux, c'est un conseil d'amis... Oh fait ! j'adore tes chroniques, je te félicite... J'espère pouvoir lire plus de chose de toi très bientôt !" 
Me voilà assez étonné, je dois l'avouer ! c'est bien la première fois qu'un inconnu me reconnait et me parle de mon travail. Je me sens assez flatter car Jules me confie sans détour et avec beaucoup de bienveillance son avis sur les quelques chroniques que j'ai partagé depuis quelques mois sur le blog All The Little Things. 

Jules est un garçon qui a beaucoup de charme, il pourrait pour certains passer inaperçu. Mais il a une lumière, une présence qui lui donne toute son importance. En l'espace de quelques minutes, il n'y a plus que lui, j'oublie tout ce qui se passe atour de nous... Quel bonheur de rencontrer quelqu'un avec qui je peux être moi et parler d'écriture. Seulement une réalité me rappelle à l'ordre, en regardant l'heure je redescends sur terre : le dernier métro ne va pas tarder à passer. Je n'ai pas envie de quitter Jules... Je me lance dans des au revoir plutôt maladroit. 

"Bon et bien, j'espère que tu liras mes prochaines chroniques avec autant d'intérêt. Ce fut un plaisir de faire ta connaissance en tout cas..." 
"Bonne nuit Little Things... Rentre bien"
C'est sur ces mots que je le vois s'éloigner dans la foule et retourner s'occuper de la logistique de cette soirée. En quittant le bar, je ne jette même pas un regard vers mon animateur télé... Il est déjà bien loin dans ma tête. Dans le métro, tandis que je commence à griffonner une nouvelle chronique sur un carnet de notes. Je réalise que je n'ai même pas demandé le numéro de Jules. Suis-je vraiment bête ou ai-je un véritable problème avec le sentiment amoureux ?...        


Conquérir le grand Amour (chronique publiée le 10 septembre 2010 sur le blog)
L’écriture, comme ses sœurs d’art, la musique ou la peinture, est avant tout un portail méticuleusement ouvert sur un jardin fragile et intime. C’est un partage, une vérité intérieure, un reflet personnel…

L’écriture est avant tout, à mes yeux, une invitation. Un grand festin que l’on partage avec des amis, des étrangers, des inconnus… Peu importe d’où l’on vienne, nos choix, nos opinions diverses, nos personnalité, nos origines… Nous avons tous quelque chose à raconter… Que ce soit en écrivant, en chantant, ou simplement en parlant. C’est en transmettant à ses amis que l’on reste vivant et c’est en apprenant de l’Inconnu que l’on acquière une grandeur d’âme. C’est en se faisant cette promesse de découverte et de partage que l’on devient un Homme.

Bien évidemment, à travers ces histoires diverses que vous côtoierez le long de la route, on vous parlera inévitablement d’Amour. Valeur universelle que l’on croit avoir apprivoisé mais qui reste bien hors de porté. Il est difficile d’aimer, il y a tellement de façons, de manières, de codes qui s’imbriquent dans l’Amour.

Je m’intéresse comme tout être à cette notion qu’est l’Amour. A travers mes récits, la part est toujours faite à l’Amour, qu’il soit impossible, passionnel, interdit ou encore destructeur. L’interrogation que suscite en moi ce sentiment est grandissante tant je pense que plus les siècles passent, plus les gens en perdent réellement le sens. Nos sociétés modernes désacralisent l’Amour… Le partage, l’apprentissage de soi, la découverte… Sont des valeurs qui s’effacent peu à peu. L’Amour n’est vue d’ailleurs aujourd’hui qu’à sa forme la plus élémentaire sous un ordre chronologique bien précis : Deux êtres, un café, une boite de nuit, du sexe, un test de grossesse, un mariage, un bébé, un appartement, un lecteur Blu-Ray, Une télévision HD et… Un divorce sanglant.

Je sais reconnaître le regard blafard de ces gens, qui pensent vivre pleinement l’Amour avec cette personne qui leur sert de sac à main. Ils n’oseront jamais le dire, mais grâce à cette situation, ils se sentent un peu plus accomplit… Un petit peu plus vivant… Pourtant, je suis célibataire et je ne pense pas être plus mortel qu’eux… L’Amour détient une valeur si vaste, si infini… Il y a des millions de façon d’aimer. D’aimer ses amis, d’aimer son âme sœur, d’aimer les rencontres, aimer apprendre, aimer comprendre, aimer la vie… Faut-il encore ne pas l’oublier ou du moins en avoir une infime conscience. 

C’est pour cela que les gens qui vous disent sottement « Moi j’attends mon grand Amour » n’ont (je pense) rien compris à la vie. Personne ne doit attendre l’Amour… Il n’y a pas d’abris bus crée à cet effet… L’Amour est une montagne qui n’est pas inaccessible. Il suffit de continuer à gravir ses écueils chaque jour un peu plus… Car c’est en prenant conscience de la valeur et de l’éventail infini qu’est l’Amour que l’on peut espérer atteindre la sagesse. Je pars conquérir l’Amour chaque jour. Auprès de ma famille, de mes amis… Au cours des voyages et de leurs rencontres enrichissantes. En remontant le fleuve de mes racines, en écoutant les histoires de mes pères, en n’oubliant pas que je suis à ma manière une poussière de "grand amour" pour mon prochain. Peut être qu'un jour je serais à mon tour sa famille, son ami, son fleuve ou son père. C’est en faisant ce long voyage et ces rencontres, que l’on trouve le grand amour... Certainement pas en se donnant des anneaux ou en partageant un simple lit. 

Aujourd’hui je ne connais pas (ce que l’on appelle) ma moitié… Mais cela ne veut pas dire que je ne connais pas le Grand Amour, puisque que celui là est un tout… Et je reçois, je donne et je partage déjà un Amour bien assez Grand.

lundi 26 février 2018

Chronique 2017 : Lopin de solitude

Avant propos de la chronique : 
2017 fut indéniablement une année de changements. J'ai claqué la porte des grands magasins parisiens après 10 ans de carrière. J'ai décidé de ne plus faire tourner la machine infernale de la consommation inutile. Cette chronique fut écrite en janvier 2017, après plusieurs mois difficiles, plusieurs questionnements et plusieurs choix douloureux à entreprendre. J'ai finalement entrepris les démarche pour intégrer une école au Québec afin de suivre une formation en Protection de la Faune et tourner définitivement la page de Paris. Lorsque le moment du départ arrive, on a toujours un doute et toujours du mal à se dire... Adieu. 



Je l’ai tant désiré cet instant, ce moment où j’allais enfin prendre ce virage… Cette minute où j’allais enfin goûter à l'utopie, à la folie que je me souhaitais. 
Et voilà… C’est arrivé, nous y sommes… pourtant je n’ai jamais ressenti un aussi grand vertige.

Tout s’est arrêté net : l’effervescence du quotidien, la cacophonie incessante, la stratégie du rendement… Tout s’est envolé. 
Me voilà, seul, au calme chez moi, au côté de mes personnages et de mes histoires… A l’aube d’une nouvelle vie et de nouveaux enjeux. Je fais le point sur ma solitude…

Comment en suis-je arrivé là ? Moi qui fut élevé ici, au coeur de la ville bruyante et impitoyable. J’ai grandi dans l’ombre de ses tumultes et de ses arrogances. J’aurai du finir par adopter ses codes et ses manières. J’aurai du me réjouir de ses opportunités et de son expansion. 
Au lieu de ça, je me suis enfui, sur un lopin de solitude pour espérer retrouver ma place. 

Me voilà seul, enfin seul, comme je l’avais longtemps souhaité… Seul face à mes choix, mes récits, mes convictions… Seul face au voyage, à l’évasion et à la reconstruction. 
Sur ce lopin de solitude, je me sens détruit… Frappé, mis à terre. Il me semble avoir oublié qui j’étais et où je souhaitais aller. 

J’ai le vertige… Pour la première fois je peux caresser le silence. Je peux l’écouter et le comprendre. Peu de gens ont déjà touché le silence :
C’est une entité froide et sans saveur… Il peut paraître austère et peu sympathique. Il est pourtant nécessaire à chacun d’entre nous. Lorsque l’on sait écouter le silence, il nous guide sur le chemin de l’âme. 

Silencieux, sur mon lopin de solitude… Je prends le temps. Le temps de ne pas écrire, le temps de ne pas penser, de ne pas douter, le temps de ne pas avoir peur, le temps de ne plus rien comprendre. J’écoute le calme, je ressens le vide, j’apprivoise mes vertiges avant de me relever. 

Comment en suis-je arrivé là ? Moi, l’enfant de Paris, le fils de la ville bruyante et impitoyable… Pourquoi rêver d’un ailleurs, pourquoi partir, fuir et espérer ne plus revenir ? J’ai tant écrit sur cette capitale. Je l’ai admiré, soutenu et porté lorsqu’elle me semblait à terre… Elle, le berceau de l’art, du beau et de l’infini création, pourquoi m’a t-elle délaissé sur ce lopin de solitude ?  

Je ne cherche plus vraiment à connaitre les raisons de nos incompréhensions… j’ai mûri l’idée qu’il me fallait partir… Partir pour me réinventer, pour grandir, pour respirer, me ré-inspirer. 

Je serais bientôt prêt… Prêt à quitter mon lopin de solitude, à faire taire le silence et à emprunter cette route semée de nouveaux vertiges… 

dimanche 25 février 2018

Chronique 2015 : Il n'était plus là

Avant propos de la chronique : 
Ecrite fin octobre 2015, cette chronique est le reflet d'un instant court et fugace de ma vie. Entre août et novembre 2015, je travaille pour la boutique du pâtissier Pierre Hermé à Saint Germain des Prés. Je retrouve alors Paris et son rythme infernal... Dans cette chronique, il est question de Pépé, un sans abris qui était devenu, au fil du temps, un visage familier de mon quotidien parisien. Ayant quitté les boulevards de Paris entre 2011 et 2015, j'espérais le retrouver, après tout ce temps, dans les dédales des couloirs de métro...  



Je déteste le passage à l’heure d’hiver. Ce moment de bascule où la nuit l’emporte sur le jour. J’éprouve comme un malaise, une tristesse… Presque un deuil des soleils passés. 
Ce soir, la pâtisserie de la rue Bonaparte était calme et sans bruits. Les parisiens semblaient s’être tous enfermés chez eux. Ma collègue Charlotte réapprovisionnait la vitrine de chocolat, Audrey comptait la caisse en prévision de la fermeture et je commençais à ranger les derniers macarons et les quelques pâtisseries invendues.

Comme chaque soir, une fois le rideau de la boutique baissée, nous nous sommes partagés les dernières gourmandises. Mais depuis quelques mois, mon estomac commençait à tirer la sonnette d’alarme. Il serait grand temps d’arrêter de succomber à l’appel du sucre. Il m’est soudainement venu une idée… je savais à qui ses pâtisseries offriraient le plus grand bonheur : un ami, que je n’ai pas revu depuis bien années.

Lui, il s’appelait Pépé… Je le croisais chaque matin, ce vieux monsieur, du temps où je travaillais dans les Grands magasins puis au siège de la banque. Il était toujours là devant les Escalators qui menait vers la ligne 7. Assis en tailleur, son chien couché à ses pieds, il tendait un gobelet en carton en direction des gens pressés et insensibles. Nous avions noué un lien particulier avec le temps, il m’est arrivé bien plus d’une fois de lui offrir un café ou de lui donner l’intégralité de mes coupons restaurants. 

Pépé faisait parti de ces visages qu’il me faisait plaisir de croiser chaque matin sur la route du travail. J’aurai voulu faire bien plus pour lui. Je n’étais qu’un peu de chose dans cette capitale. Je savais que Paris m’exploitait et me piétinait mais lui, Paris l’avait tout simplement oublié.  La vie s’est joué de nous et de nos petits arrangements, j’ai changé de travail, quittant les couloirs de métro… M’en allant travailler loin de Pépé et des extravagances parisiennes. 

Mais depuis quelques mois, me voilà de retour… Et il est vrai qu’il ne m’est pas venu à l’idée de passer par la station Opéra pour le retrouver. J’appréhendais de le revoir, après toutes ses années. J’avais le sentiments de l’avoir abandonner… D’avoir trop vite tourné la page sur son histoire, comme tant de gens le font pour garder leur bonne conscience. En quittant la boutique de Pierre Hermé, j’ai remonté le boulevard Saint Germain, qui se tapissait peu à peu de feuille morte. Tout en suivant la longue série de réverbères, je me suis engouffré dans les couloirs du métro avec hâte. 

En arrivant à ma station, je découvris qu’il n’était plus là. Tout semblait comme autrefois… La poubelle contre laquelle il s’adossait, les Escalators usés et grinçant. Les sols jonchés de tickets abandonnés, de crachats et de chewing-gum décolorés… Oui tout était comme autrefois mais il n’était plus là. 

Avec mon carton de pâtisseries j’ai arpenté quelques couloirs en espérant le retrouver plus loin… Mais rien. Alors j’ai commencé à m’en vouloir… Je me devais de veiller sur lui, et je ne l’ai pas fait. Un autre sans-abris de la station est venu à ma rencontre, lorsque je lui ai évoqué Pépé, il m’a dit que cela faisait plusieurs années que personne ne l’avait revu par ici. Où était-il ? tant de scénario ont traversé ma tête… Hélas j’avais peu d’espoir le concernant. J’ai laissé mon carton de pâtisseries à cet autre monsieur avant de monter dans le dernier métro.   
   
Je déteste le passage à l’heure d’hiver. Ce moment de bascule où la nuit l’emporte sur le jour. J’éprouve comme un malaise, une tristesse… Et en plus ce soir, dans ce train qui me reconduit à la maison, je dois faire le deuil des soleils passés. 


lundi 5 février 2018

Chronique 2017 : Loreena McKennitt à Paris

Avant propos de la chronique : 
En mars 2017, Lorenna McKennitt fait un crochet par Paris dans sa tournée européenne. Un spectacle que j'attendais depuis plusieurs longs mois avec ma maman. Dans l'euphorie de ce concert et de retrouver les joies de l'effervescence parisienne, je dois aborder ma décision de partir pour le Québec dans quelques mois, mais annoncer son départ n'est jamais chose facile... Et c'est précisément le thème de cette chronique. 



Aujourd’hui était une journée comme je les aime. Une journée qui me rappelle ce temps où je n’étais qu’un enfant avec l’esprit ouvert et l’imagination débordante. 
Avec ma mère, nous sommes partis passer la journée dans les rues effervescentes de Paris. Si il y a une personne qui m’a fait aimer l’art à la française et surtout notre belle capitale, c’est bien ma mère. 
Même si aujourd’hui je vibre bien moins pour Paris et qu’une page semble irrémédiablement se tourner, cette journée resta belle et simple comme dans mes plus beaux souvenirs d’enfants. 

Nous sommes venus à Paris, pour assister au concert de Loreena Mckennitt. 
Si ma mère m’a offert son amour de l’art parisien et de la capitale, je voulais lui offrir en retour mon amour pour les musiques et la voix de Loreena McKennitt. 
Depuis plusieurs mois maintenant, nous savons l’un et l’autre qu’il se joue dans nos vies quelque chose d’important et d’imminent. Je ne suis plus l’exalté des foules parisiennes. Je coupe chaque jour un peu plus les files qui me tenaient embourbés dans cette spirale folle, tel un moucheron prisonnier d’une toile. 

Vers quels horizons vais-je m’envoler ? Ma mère le sais bien. Mais comme toujours nous n’arrivons pas à parler de mon départ prochain. Nous avons profité de la capitale, comme nous l’avons fait pendant des années. J’ai grandi au grès de ces ballades… Et celle-ci ne dérogea pas à la règle : j’ai encore grandi ! 
Nous avons visité la maison de Victor Hugo, place des Vosges. Mon auteur préféré, mon modèle… Dans les couloirs de sa maison, je me suis pris d’un frisson que même les châteaux et les palais ne m’avaient jamais offert. Il a marché, écris, parlé, ris, crié, espéré, désespéré dans ses murs… Lui, l’Homme de la République, de la Liberté et des oubliés. 

Cet Homme que j’ai aimé grâce à mon grand-père et tant haïs à cause de mes mains médiocre et peu écrivaine. J’ignore si j’ai un réel talent pour écrire… J’en doute même de plus en plus. Mon coeur et mes mains ne s’accordent plus. Ma tête et mes mots s’écharpent et se déchirent. Mais pour la première fois, je n’en tiens pas rigueur parce que j’ai le désir de me réinventer et de renaitre… Autre part, autrement.

Autour d’un café, sur un boulevard parisien, c’était surement le moment idéal pour parler à ma mère de mon départ et des changements que cela impose. Mais les mots peinaient à sortir, tous les instants me semblaient mal venue, toutes les situations me paraissaient maladroite et ce café crème était la seule excuse que nous avions pour garder le silence.      

En m’installant dans la salle de spectacle, j’ai ressenti une étrange sensation. Ce n’était pas la première fois que je voyais Loreena McKennitt sur scène, mais celle-ci me semblait particulière. Mon amour pour cette artiste a démarré ici, à Paris, alors que je n’étais qu’un étudiant à l’université, un peu pommé et trop rêveur… J’écoutais ses albums chez un disquaire entre les cours. C’est sa musique qui a réveillé mon envie d’écrire et qui a nourris la plupart de mes histoires.    

Peu de personnes savent me toucher avec autant de justesse et de discrétion que Loreena McKennitt. Ses mélodies résonnent sans cesse dans mon quotidien, mes choix, mes inspirations. Elle est la voix qui murmure dans le calme d’une nuit débordante d’inspiration, la musique qui protège mon coeur lorsque celui ci se serre ou doute. 

Ce soir, dans cette salle parisienne, elle est montée sur scène, silencieuse et timide. Sous des applaudissements admiratifs, elle s’est installée derrière sa harpe et sans prétention, sans fioritures, nous a invité à un long voyage. J’ai alors réalisé que ce récital n’était pas seulement un voyage musical, s’était un adieu. Un adieu à Paris, à ce que cette ville a représenté pour moi… Mes souvenirs d’enfance avec maman dans les couloirs de musées, au sommet de Notre Dame, dans les grands magasins. Mes souvenirs d’adolescent dans les amphis de l’université, dans les rayons d’une librairie à faire vivre mes premières histoires… Puis mes souvenirs d’adulte, à travailler pour Marni, la Banque BNP, Pierre Hermé, Longchamp. Finir par détester ce monde qui va trop vite, qui nous consume et nous consomme. 

Finalement je n’ai pas eu à parler de mon départ à ma mère ce soir. Les musiques de Lorenna McKennitt, douces et mélancoliques se sont chargées d’annoncer la fin d’une époque. Oui j’ai pleuré dans le noir intime de cette salle… Parce que j’admirerai toujours cette femme incroyable qu’est Loreena McKennitt, parce que je porterai toujours Paris dans mon coeur et que rien, même pas les silences, ne pourra altérer l’amour incommensurable que je porte à ma mère…  

Je sais où mon voyage m’emmène, j’ignore en revanche ce qu’il changera en moi…
«Vous m’offrez la cité… Je préfère les bois, car je trouve, voyant les hommes que vous êtes, plus de coeurs aux rochers et moins de bêtises aux bêtes » Victor Hugo 
   

   

dimanche 4 février 2018

Chapitre 11 (Le Journal d'un auteur perdu)


Si vous avez manqué les chapitres précédents, retrouvez-les en cliquant dessus ! : 

Cher Journal... Je retombe en enfance



Décembre 2010,
Depuis quelques jours déjà, la neige s'est invitée sur la capitale. Les parisiens d'ordinaire si gueulards, ont écarquillé les yeux comme des gosses et se sont mis à scruter le ciel... Hélas cette contemplation positive n'aura duré que quelques heures... Le temps pour eux de réaliser que la neige paralysait désormais les axes routiers, les grands boulevards et même les transports en commun. Bon je fais mon malin mais en réalité je suis dans le même état d'énervement... Tenez, par exemple, ce matin me voilà sur un quai bondé, sous les flocons à attendre nerveusement un métro qui visiblement ne passera pas.

Heureusement pour moi, Zahara est déjà arrivée à l'accueil de la rue Bergère. Depuis que la tempête de neige a commencé en fin de semaine dernière, nous nous sommes passés nos codes d'accès pour la pointeuse, ce qui nous permet de ne pas avoir de retard (du moins d'un point de vue purement informatique). 
Pour être honnête, je pense que si Madame Zeitoun découvrait la supercherie, nous serions virés dans la minute. Nous nous sommes promis de ne pas en abuser et surtout cela fait bien 4 jours que la dite Madame Zeitoun ne vient pas à la banque vu qu'elle ne peut pas prendre la route en raison du temps. Lorsque j'arrive à l'accueil (avec une bonne heure de retard), je découvre Zahara derrière le comptoir de l'accueil avec un panier rempli de viennoiseries : "Les séminaires de la journée sont annulés, du coup tout ça c'est pour nous !" 
J'ai à peine le temps de m'assoir que Zahara me tend déjà un café et pain au chocolat. Le hall de l'accueil est vide, il n'y a personne aujourd'hui. Le téléphone ne sonne pas, pas de mails, pas de rendez-vous... Du coup avec Zahara nous en profitons pour parler un peu de nos vies en enchaînant les cafés.

"ça serait quoi ton plus grand rêve, là tout de suite ?" me demande Zahara. 
Je fais mine de réfléchir un instant mais en réalité, la réponse est déjà au bout de mes lèvres : "Je voudrai finir mon livre d'héroïque-fantasy, trouver un éditeur, enfin pouvoir vivre des mots et quitter ces jobs ridicules"
"Tu n'aimerai pas trouver l'amour ?" 
"Je suis tombé amoureux une fois... Et je n'ai absolument pas envie que cela se reproduise..." Je ne suis pas rentré dans les détails, je n'avais pas vraiment envie d'ennuyer Zahara avec mes histoires passées... cette relation désastreuse avec Charles et les conflits qu'elle a amené avec ma famille.    

Après cette journée peu éreintante (je dois l'avouer), je sors de la banque pour retrouver la neige qui ne cesse de tomber... Et cela commence légèrement à me gonfler comme beaucoup de gens par ici. Je cours à travers les couloirs de métro en espérant que mon train daignera passer. Tout en scrutant avec anxiété les écrans d'arrivée des métros, je passe comme à mon habitude devant Pépé et Diego. Je m'arrête un instant pour sortir un ticket resto. Pépé semble fatigué et surtout frigorifié... Je lui demande alors s'il pense à s'abriter le soir et si quelqu'un l'aide mais je me doute déjà (malheureusement) de sa réponse, il refuse de laisser Diego dehors et préfère affronter le froid plutôt que côtoyer les centres d'accueils.
Dans mon petit appartement, ce soir, je ne contemple pas la neige. J'écris, j'écris sans m'arrêter les aventures de mes personnages. Je peaufine leurs histoires et leur long voyage... En espérant inconsciemment qu'un jour, ils m'aideront à sortir de cette vie médiocre qui m'exaspère. 



5h30 et mon réveil sonne à nouveau pour me rappeler que je vois aller bosser. En ouvrant mes volets, j'espère découvrir que la neige est partie mais ce n'est pas le cas. Les flocons continuent de s'entasser à ma fenêtre. Ce matin je me lève tout de même avec le sourire car ce soir, je vais à un concert avec une amie... Un concert un peu particulier je dois l'avouer : Le concert de Dorothée. Pour situer Dorothée (pour ceux qui ne la connaissent pas), c'était l'animatrice et chanteuse  d'une émission télé pour enfant dans les années 80-90. Avec mon amie Virginie, nous n'avons pas hésité à prendre les places pour son concert... Ce soir j'ai décidé de retourner en enfance !

Je m'arrête prendre mon café du matin. J'en profite pour en commander un deuxième que je laisse à Pépé en passant.
Ma journée avec Zahara se passe sans encombre. Une nouvelle fois les réunions s'annulent les unes après les autres et Madame Zeitoun semble ne pas pointer le bout de son nez... Zahara se moque légèrement de moi lorsque je lui raconte que je vais au concert de Dorothée à Bercy ce soir. Difficile de vraiment l'expliquer mais je garde une tendresse particulière pour cette époque de dessins animés et de chansons.  

Malheureusement pour moi, cette soirée semble quelque peu compromise avec cette neige qui ne cesse de paralyser Paris. Après le travail, je rentre en vitesse chez moi pour me préparer. Je prends une douche et sort les fringues les plus "années 90" que contient encore mon armoire. Je jette de temps à autre un oeil à la fenêtre, espérant voir la neige cesser de tomber. Mon téléphone se met à sonner, sans surprise c'est Virginie que je dois retrouver pour me rendre à Bercy. 

"Julien, tu as vu la neige ! les métros circulent au ralenti, je pense que ce n'est pas raisonnable qu'on aille au concert !"
Virginie a surement raison... Mais j'ai tellement besoin de me changer les idées, d'oublier un instant mes problèmes, mon roman, mes chroniques... J'ai besoin de m'amuser... D'être un enfant pour un soir ! 
"On s'en fiche ! on ne peut pas rater ça ! Donc on se motive, dans 15 minutes on se retrouve à la gare !"

On se rejoint comme prévu sur le quai remplis de neiges quelques minutes plus tard. Nous sommes les seuls à affronter le froid et les écrans d'information n'annonce aucun train. Avec Virginie nous partons dans un long fou rire ! Sommes-nous devenus fous ? Un train finit par arriver, on se jette sans réfléchir dans la rame de métro, ignorant si nous en aurons un pour rentrer après le concert.
En arrivant devant le palais omnisports de Bercy, j'ai coeur noué... Je suis ému. Je suis venu tant de fois ici, petit avec ma mère et mon père pour voir chanter mon idole. Qui aurait cru que 20 ans plus tard je reviendrai ici pour la même occasion. 

Lorsque nous entrons dans la salle, nous courrons comme des gosses avec Virginie pour prendre nos places réservés. A peine installés, nous réalisons que nous sommes assis dans le carré VIP du concert. Non loin de nous, nous avons les acteurs des sitcoms du Club Dorothée ("Premiers baisers" "Hélène et les garçons" "Salut les musclés"), quelques personnalités de la télévision et du show-biz. Assez amusés de se retrouver dans le carré VIP, nous ne pouvons nous empêcher de partir dans des éclats de rires avec Virginie : "Je t'avais dis qu'on devait absolument venir !" 
A côté de moi, un jeune animateur d'une grande chaîne de télévision s'installe. Il est accompagné de quelques amis mais il n'écoute guère leurs conversations. Il s'amuse des commentaires que Virginie et moi faisons des uns et des autres. Il nous trouve très certainement un brin plus naïfs et exaltés que la majorité des gens de notre rangé.
Juste quelques secondes avant que la salle ne soit plongée dans le noir, il me tapote sur l'épaule et me chuchote à l'oreille "Alors on est prêt à retomber en enfance ?" Son geste me surprend, je finis par lui lancer un sourire dont j'ignore la porté puisqu'au même moment, la salle de Bercy se retrouve dans le noir.

Très vite, ce concert prend des airs de fête géante. Avec Virginie, nous dansons, chantons et sympathisons avec les gens autour de nous... Ce soir, il n'y a plus de doute, nous sommes tous des gamins sous l'oeil bienveillant de notre idole : Dorothée.
L'animateur TV n'hésite pas à rigoler avec nous. Je le regarde avec amusement, il semble un peu plus déluré que l'image qu'il donne à la télévision. Pendant l'entracte, nous prenons un instant pour discuter avec lui. "Je ne vous connais pas ? vous faites quoi dans la vie, blogger ? chroniqueur ? journaliste ?"  nous demande t-il. Virginie lui répond alors avec une franchise non contenu "On est personne, on ne sait même pas comment on a été placés avec les stars !" J'observe attentivement son regard lorsque le mot "Star" arrive à ses oreilles. Un mélange de fierté et supériorité mal venu... Je me décide donc de le faire redescendre de son pied-d'estale : "Et toi tu fais quoi dans la vie pour être parmi les VIP ?" je m'amuse de voir son visage se fermer et s'interroger sur sa petite notoriété chancelante, tandis que Virginie un peu gênée essaye de rattraper mon insolence "Moi je regarde tes émissions de temps en temps ?" Le jeune animateur finit par sourire à nouveau voyant que je joue sympathiquement avec ses nerfs, il me lance donc sur un ton malicieux "Il faut regarder un peu plus la télé jeune homme". 

Sans vraiment l'expliquer, je finis par me perdre dans son regard si brillant et expressif tandis que la salle replonge dans le noir pour le deuxième acte. Dorothée, revient sur scène pour continuer son tour de chants des mélodies de notre enfance. Les titres s'enchainent sur la même bonne humeur communicative. Mais l'heure tourne et Virginie me fait remarquer que minuit approche "On devrait rentrer, les derniers métros vont passer et si on les ratent on sera coincé ici sous la neige !" 
Sans grande hésitation, nous commençons à enfiler nos manteaux tout en profitant d'une dernière chanson. Je tente de dire au revoir à notre ami animateur TV mais il semble tellement absorbé par le concert que je m'éclipse sans qu'il ne s'en rende compte. C'est vrai, je suis déçu de partir comme ça... Mais il faut que je me reprenne... pourquoi j'accorde autant d'importance à ce garçon ? c'est ridicule !

Nous remontons les gradins qui nous conduisent vers la sortie quand une main m'agrippe à nouveau l'épaule. A cet instant, un sourire à peine dissimulé se dessine sur mon visage... Je sais que c'est lui ! 
"Tu partais sans me dire au revoir" me lance le bel animateur TV. 
"On va rater notre métro si on ne pars pas..." 
Il glisse alors dans mes mains une carte de visite avant de retourner dans la salle. 
"Promet moi que tu m'appellera, j'aimerai bien prendre un café !" 

C'est donc sous une neige persistante que nous quittons cette soirée avec Virginie. Le sourire aux lèvres, nous chantonnons les classiques de Dorothée. Il n'y a plus doute... Je suis réellement redevenu un enfant ce soir !            


Mon enfance avec Dorothée (chronique publiée sur le blog le 04 Février 2011)
Aujourd’hui, je m’intéresse à ces marques que nous laissent l’enfance. Ces souvenirs bons ou mauvais qui nous accompagnent et surtout, nous forgent. Je vais (si vous le voulez bien) vous raconter cette petite histoire, qui pour beaucoup ne serait en réalité que broutille … Pourtant à mes yeux c’est un souvenir impérissable… Une lueur qui restera à jamais dans mon petit cœur puisque que c’est avant toutes choses… Un bout de mon enfance.

Nous sommes le 18 décembre 2010 et malgré le froid qui englobe la France, la neige qui tombe sur la capitale, je me prépare à retrouver celle qui berçait mes après-midi de bambin… Dorothée.
Pour mieux comprendre cette jolie petite histoire, il faut remonter à l’hiver 1990. En ce temps là je n’ai que trois ans, pas de soucis dans la tête ou de devoirs dans mon cartable… Juste mon vieux magnétophone à cassettes pour écouter cette chanson qui est sur toutes les lèvres à l’école maternelle : Hou la Menteuse.
J’habite avec Papa et Maman dans un petit HLM de Noisiel et il n’y a qu’une seule émission que je ne raterais pour rien au monde… Tous les après-midi je m’assois confortablement dans le canapé au côté de Maman tout en mangeant mon pain au chocolat accompagné d’un verre de jus d’orange. Nous regardons ensemble : Le Club Dorothée. Aujourd’hui, Papa rentre juste à temps pour voir la fin du show télévisé qui se termine ce soir par « Tremblement de Terre ».


Le mercredi après-midi de cet hiver 90, Maman me prépare une sortie tout à fait inattendue sur Paris. Mais je n’ai nullement envie de sortir. Alors je boude. Car en réalité elle me fait rater le Club Dorothée Spécial Bercy présenté par Jacky, Ariane, Corbier et Patrick. Après 40 minutes en RER à bougonner, j’arrive devant le fabuleux POPB, je comprends rapidement que Maman vient de nous offrir deux places pour le spectacle. Je pourrais vous raconter ce moment de bonheur à regarder Dorothée sur scène mais je vous mentirai car en réalité je n’en ai absolument aucun souvenir…Celle qui s’en souvient le mieux, c’est Maman. J’adore lorsqu’elle évoque encore avec nostalgie cet après-midi, elle avait pris les places les moins chers, perchées au sommet de Bercy. Car dans le fond elle craignait que je sois bien trop petit pour aller à un concert mais nous tentâmes l’expérience. La suite vous vous en doutez… c’est que je ne suis pas resté sur ma chaise un seul instant et j’ai dansé, sauté avec papa nounours sous le bras et le micro de mon magnétophone à cassettes dans les mains pour chanter avec Dorothée « Allo Monsieur L’ordinateur » ou encore « Maman ». 
Bercy 90 est passé, j’ai maintenant 4 ans, et les compacts disques remplacent peu à peu les cassettes. Pourtant cet été là sur les routes de Provence, dans la voiture de Tonton Jean Pierre, j’écoute à tue-tête sur le radio cassette « Chagrin d’amour », entre deux vomissements dans les herbes hautes des ravins qui abritent les cigales chanteuses (oui j’ai toujours été malade en voiture !). Pour consoler mon petit cœur de ces trajets insupportables, Tonton m’achète mes premiers compacts disques (je vous le donne en mille) : « Dorothée et le jardin des chansons ». 
De retour à Paris, une nouvelle année scolaire redémarre. Chaque dimanche je retrouve le sourire devant "Pas de Pitié pour les croissants" et "Terre Attention Danger". A l’approche des fêtes, à l’école, cette peste de Charline me pousse d’un banc dans la cour de récré. Résultat, fracture au bras et une grosse frayeur pour tout le monde. Moi dans le fond ma seule grosse peine aura été de rater la venue du père Noël à la cantine pour sa traditionnelle distribution de chocolats. Pour remonter mon petit moral, Maman s’empresse de me montrer le télé 7 jours qui ne quitte jamais la table du salon. Dorothée est en Prime time pour le réveillon de Noël dans une émission musicale intitulée « Le cadeau de Noël ». C’est donc en toute évidence que ce 24 décembre se déroule devant TF1. Dans mon assiette il y a un steak et des pommes noisettes, j’ai même droit à mon verre de champomy. Papa et Maman eux ont un repas certes plus adulte pourtant ce soir, nous sommes tous les 3 des enfants en attendant l’arrivée du Père Noël à Noisiel. 


Comme tous les 25 décembre, il y a l’ouverture des cadeaux sous le sapin et une nouvelle fois Dorothée est de la partie avec le CD "les Neiges de l’Himalaya". Tout en découvrant mes cadeaux, les uns après les autres, je ne pense déjà plus qu’à une chose : l’arrivée de Mimi, la vieille cousine de Papa. Je la considère un peu comme ma troisième grand-mère et ce que j’aime le plus chez elle, c’est qu’elle adore Dorothée. Dès que l’interphone sonne, j’accoure avec mon nouveau Cd dans les mains. Mimi arrive toujours les bras chargés de bons plats achetés par ci par là. Et même si j’adore toutes ces attentions qu’elle nous porte, il n’y en a qu’une chose que j’attends avec impatience : c’est de chanter avec elle les chansons du nouvel album de Dorothée.
Pendant que je fredonne ces mélodies sur les genoux de Mimi, elle sort discrètement de son sac quatre billets pour Dorothée Bercy 92. Quelques semaines plus tard me voilà de nouveau au POPB avec Papa, Maman et même Mimi. On a chanté et rigolé sur "Les Neiges de L'Himalaya" ou encore "Attention Danger"… J’ai même rencontré Dorothée car je ne pouvais pas lui offrir la traditionnelle rose à cause de mon bras dans le plâtre, j’ai pu donc rejoindre les membres du club Dorothée dans les coulisses pour la lui remettre... (La classe non ?)
Nous sommes en 1993, et je me demande toujours pourquoi, je ne suis pas dans le générique des anniversaires Club Dorothée… (Chose que je comprendrais bien plus tard… Car oui, je n’avais pas ma carte de membre donc ça ne risquait pas ! Je sais… J’ai toujours était un garçon très bête). Cette année-là Dorothée chante « Une Histoire d’Amour », Mimi et Maman s’empressent de m’emmener la voir dans Bercy 93. Papa prépare notre départ du petit HLM pour un appartement plus grand à Noisiel. Tous les soirs avec Maman notre petit rituel ne faiblie pas, nous regardons ensemble les programmes AB (Hélène et les Garçons, Premier baiser, Salut les musclés…).
L’été 93, un nouveau chez nous et aussi une nouvelle école, j’ai désormais 6 ans, et pendant que Papa et Maman repeignent les murs de notre nouvel appartement avec Tatie et Mimi, je redécouvre dans les cartons tous les anciens CD de mon idole favorite. Je rentre à l’école primaire et me fais une nouvelle camarade de jeux : Marine qui est aussi ma voisine. Maman m’inscrit dans le même temps au conservatoire de musique dont je suis les activités le mercredi après-midi. Certains pourraient penser que j’abandonne mon rendez-vous avec le Club Dorothée... pourtant même s’il m’est impossible de le regarder dans sa totalité, il y a toujours cette place si particulière pour mes copains préférés.




En 1994, je vais sur mes 7 ans. Dorothée voit trèèèèès loin dans le temps et chante "2394". De mon côté je découvre les joies de l’école et des devoirs à rallonge. Mimi vient presque tous les dimanches, notre rituel de chanter les chansons du passé reste intact. Pourtant mon attrait pour le Club Dorothée diminue et je passe plus de temps chez Marine à jouer et discuter, qu’à regarder la télévision. Mimi m’offre à nouveau des places pour voir Dorothée à Bercy. C’est avec Maman et Papa que je me rends au POPB pour danser, chanter, crier et hurler ! Un spectacle qui restera dans ma mémoire à jamais… Un moment magique qui ne présageait en rien que je ne reverrais pas Dorothée sur scène pendant 16 ans. 
Les modes passent, les musiques changent et les enfants grandissent, Marine se trémousse sur les airs des Spice Girls quant à moi je voue une passion sans faille pour les Pogs et les billes. Les mercredis se déroulent désormais de la sorte, matin cours de solfège, après-midi, cours de trompette et cours de chant. L’école devient de plus en plus omniprésente et les devoirs sont certainement mon fardeau pour la décennie à venir. Mais le Club Do n’est jamais très loin, ma cousine Caroline se passionne toujours autant pour Hélène et vient depuis le sud de la France pour la voir se produire sur la scène de Bercy. (Il allait de soi que j’étais de la partie avec Papa et même Marine). Un après-midi chez Marine, je découvre le nouvel album de Dorothée "Nashville Tennessee", où celle-ci entonne fièrement "je suis Folle de Vous". Maman regarde désormais seule l’émission du Club pendant que je suis au conservatoire. Elle m’enregistre minutieusement les séries qui m’intéressent et surtout les chansons de Dorothée. 




En 1996, j’ai 9 ans et je passe mes après-midi avec Marine à espionner les rencards foireux de mes voisins adolescents Michael et Stéphane qui retrouvent sur la colline derrière l’école, des filles super top gomore, avec leurs Reeboks roses, leurs vestes en jeans, et leurs salopettes beige. Caché derrière un buisson, Marine pouffe de rires tandis que je dévore un sachet de m&m's. Ce soir comme depuis plusieurs soirs déjà, je ne regarderai pas le Club Dorothée. Mimi vient toujours me retrouver avec Papa et Maman. Mais désormais alors qu’ils boivent des cafés noirs tout en jouant au rami, j’attrape un mazagran pour faire de même, accompagné d'une larme de lait et ainsi jouer les grandes personnes en parlant de l’école. "Les chaussettes rouges" et jaune à petit pois, "les Neiges de l’Himalaya" ou "Ho doulou" resteront dans ma chambre cet après-midi, car Mimi préfère désormais m’entendre jouer des petit airs de jazz à la trompette.

Les premiers voyages et les premières fêtes de 1997, je pars en classe de découverte. Papa, Maman et Mimi m’accompagnent au bus qui nous attend à 19h devant l’école. Mimi me glisse un morceau de sucre dans la poche pour mon mal de transport récurrent. Martin mon nouveau camarade de classe est impatient, nous allons partager notre chambre et c’est la première fois que nous laissons les parents derrière nous. Arrivé en Lozère avec ma classe, je fête mes 10 ans et pour l’occasion l’institutrice prépare une fête dans le hall du centre. Les musiques ne sont plus les mêmes. On se trémousse sur la Macarena ou les tubes des boys bands… Pas une minute je ne pense à Dorothée… Il semble évident que j’ai grandi. Elle chante toujours "Bonheur city", je l’aperçois çà et là de temps en temps sur le petit écran, espérant qu’elle bercera aussi la génération qui me succède. 
L’été a toujours été l’occasion de partir et se retrouver en famille chez Mamie et Papi dans le sud de la France. Mais au milieu de mes jeux derniers cris, les tamagotchi et autre Furby, je découvre avec étonnement sur le programme télé de mes grands-parents cet article : Le Club Dorothée ferme ses portes. En rentrant à Noisiel, le 30 août 1997, je vais faire quelque chose qui ne m’était pas arrivé depuis bien longtemps. Je vais m’asseoir dans mon canapé, un pain au chocolat et un verre de jus d’orange sur la table, je vais allumer la télé pour un ultime Club Dorothée. Dans le fond je n’ai pas compris que c’était la fin… j’étais tellement à mille lieux des polémiques qu’essuyait le programme. Des polémiques (d’ailleurs) qui peuvent faire doucement rire quand on regarde le contenu de la télé d’aujourd’hui. Ce n’était pas possible. Partagé entre ma croissance et mon enfance désormais orpheline, je regarde donc Dorothée chanter "Un jour on se retrouvera."



En 2003, J’ai quitté Noisiel… Et Mimi nous a quittés. Le dernier maillon qui me liait aux années de Dorothée semblait perdu à jamais. Ma belle, ma jolie Mimi… Devais je à mon tour lui chanter un jour on se retrouvera ? Je n’ai jamais dit à Papa et Maman à quel point sa disparition m’avait affecté… J’ai préféré sembler fort et… Survivre. Alors que je voyais peu à peu les gens que j’aime mentir, changer ou partir, il me semblait évident que Dorothée avait fait de même… On ne se retrouvera jamais.

En 2010 j’ai 23 ans. Marine a accouché d’un petit garçon, Papa et Maman vivent désormais seuls et je travaille d’arrachepied sur mon roman tout en alliant une vie professionnel, d’abord artiste pour Mickey, puis conseiller de mode pour Marni, me voilà hôte d’accueil dans le siège social d’une grande banque. Cette année-là, Dorothée revient et redonne à mon cœur une bouffée de bonheur. Je n’ai pas le temps (hélas) d’aller la voir à l’Olympia. Pourtant comme si j’avais vaincu le temps, j’écoute "Coup de Tonnerre" entre "I gotta Feeling" des Black EyedPeas et "Telephone" de Lady Gaga.
Nous revoilà donc le 18 décembre 2010. Malgré le froid qui englobe la France et la neige qui tombe sur la capitale, je suis là devant Bercy. Il me vient tout à coup à l’esprit que moi aussi, je n’ai pas remis les pieds au POPB depuis la fin des années AB. En donnant mon billet à l’entrée, puis en traversant les longs couloirs de Bercy, toutes mes pensées sont tournées vers mon enfance… D’abord Maman et Papa qui gardent avec nostalgie l’image d’un programme familial qui m’a vue grandir… Tonton Jean Pierre et les routes de Provence gravés pour toujours sur une vielle cassette de Dorothée à la bande grésillante… Marine et une amitié aussi dansante que Rock’n roll… Et surtout Mimi que je porte ce soir plus que jamais au plus près de mon cœur. Désormais je repense à cette promesse qui prouve malgré l’absence de celle autour de qui tout cela s’est construit, que la vie nous offre parfois… bien plus que du Bonheur.

A 20h45 les lumières s’éteignent. La salle en délire scande le nom de l’idole d’une génération… Et un spectacle de folie commence. J’ai assisté à bon nombre de concerts, mais bizarrement l’ambiance n’a jamais été aussi folle que ce soir. Et il fallait être là pour réellement se rendre compte du phénomène, pour comprendre cette marque que Dorothée a laissé dans les mémoires.

Alors que cette histoire se termine, vous comprendrez peut être que je ne vous ai pas raconté celle de Dorothée… Car ce que les gens mal intentionnés ne comprendront jamais dans ce drôle de récit, c’est qu’il ne s’agit pas d’elle, ni de nous, ni de ce qu’elle est ou ce que nous étions… Il s’agit juste de l’enfance. De cette marque qu’elle laisse. Et comme bon nombre d’enfants de ma génération, c’est Dorothée qui m’a tenu la main pendant ce voyage. Voilà le rôle qu’elle a tenue auprès de nous, ni plus ni moins… Mais c’est déjà beaucoup.

La marque de cette enfance avec toi Dorothée, c’est des chansons, c’est un magnétophone à cassettes, c’est Papa et Maman rien que pour moi, Mon nounours qui danse dans mes bras, Mimi qui chante tout bas… Tu resteras ce petit bout de femme, ce lien indéfectible, ce pilier qui nous a tant de fois soutenu. Et puisque ce soir le temps n’a plus vraiment de sens j’ai envie de te dire que Je suis fou de Toi et à présent j’en suis sûr… Demain on se retrouvera.