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samedi 3 mars 2018

Chapitre 12 (Le Journal d'un auteur perdu)


Si vous avez manqué les chapitres précédents, retrouvez-les en cliquant dessus ! : 
Chapitre 1 / Chapitre 2 / Chapitre 3 / Chapitre 4 / Chapitre 5/ Chapitre 6 / Chapitre 7 / Chapitre 8 / Chapitre 9 / Chapitre 10 / Chapitre 11 

Cher journal... J'ai un rencard !



Mi décembre 2010,
Ce soir, je suis chez Sémy en compagnie de nos amis, Romain, Eva et Fred. Dehors, rien n'a changé, il neige toujours. Du coup... Rien de mieux que de partager une raclette et une bouteille de vin blanc pour oublier le froid ! Comme à notre habitude, cette soirée est l'occasion de nous confier et de rigoler afin d'oublier nos soucis. Romain nous annonce d'ailleurs que son copain Alex va emménager cher lui. Je dois avouer être assez septique. Au vu des regards que me lance Sémy, je ne pense pas être le seul à m'interroger sur cette initiative. C'est peut être assez idiot, mais je ne peux m'empêcher de faire de parallèle avec mon ex : Charles. Nous avions vécu ensemble dès le début de notre relation... Et même si cette histoire a duré 3 ans, je ne peux m'empêcher de penser que précipiter cette étape fut une erreur. Enfin bref... Je fais abstraction de ce passé et je me réjouis pour Romain, en espérant que je ne suis pas dans un sur-jeu trop visible... Eva est toute contente, ces derniers temps, plein de projets se concrétisent pour elle : elle vient d'enregistrer une version finale de sa maquette et elle s'apprête à quitter l'appartement de son père pour vivre avec une amie en plein Paris. Nous sommes déjà fan de sa chanson ! A vrai dire, il ne fais aucun doute qu'elle a le potentiel pour plaire à des maisons de disques. Eva espère bien que ses efforts vont payer. Au fil de ces conversations... Sémy me demande comment était le concert de Dorothée à Bercy. Je n'ose pas vraiment parler de ma rencontre avec le bel animateur télé... Puis finalement après quelques minutes, je me confie sur cette soirée qui ne m'a pas laissé de glace. Romain, Eva, Fred et Sémy sont euphorique et veulent plein de détails sur cet échange inattendu :

"Tu crois que tu lui plais ?"
"Tu vas le revoir ?"
"Tu vas le rappeler ?"


C'est vrai que cela fait plusieurs jour maintenant que ce concert a eu lieu et je n'ai pas encore eu le courage de rappeler ce garçon. Une fois la soirée chez Sémy terminée, dans ma voiture envahit par la neige, je ressors de ma poche la carte de visite qu'il m'a laissé. Le temps que le chauffage de ma vieille Renault Clio fasse fondre la poudreuse accumulée sur mon pare-brise, je me décide à composer le numéro de l'animateur TV. J'attends quelques sonneries, les mains tremblantes. Je m'apprête à raccrocher lorsqu'il répond. Je tente maladroitement de lancer la conversion.
"Salut, désolé de t'appeler aussi tard... C'est Julien... Le gars du concert de Dorothée...."
L'espace d'un instant, un blanc s'installe... Un blanc qui me met mal à l'aise et me fait me sentir bien bête.
"Ah oui Julien ! ça me fait plaisir que tu me rappelles !"
Je suis soulagé... L'animateur TV me propose de prendre un verre sur Paris après mon travail. Il me demande le quartier où je bosse pour venir m'y rejoindre demain en fin d'après midi. Ma nuit est du coup assez mouvementé... Impossible de trouver le sommeil... Je n'arrête pas de m'imaginer notre futur rendez-vous. J'envisage tous les scénarios, seul, dans mon petit 20 mètres carré. Je tourne en rond, j'angoisse... Et cette sensation m'accompagne jusqu'au petit jour.




En arrivant au siège de la banque ce matin, autant vous dire que j'ai un visage un peu déconfit malgré les cafés que je me suis enchainé entre la maison et mes nombreuses stations de métro.
Je retrouve Zahara qui me presse tout de suite de lui raconter cette soirée au concert de Dorothée. Très vite la conversation ne tourne plus qu'autour de l'animateur télé.

"C'est FOU comme histoire !!!" s'écrie t-elle sans retenue à travers le hall de l'accueil. "Tu imagines que ce garçon va peut être t'aider à nouer des contacts pour tes livres et tes projets d'écrivain !" Zahara a bien du mal à retenir son excitation. Entre deux-trois coups de téléphone et quelques collaborateurs à accueillir, elle ne peut s'empêcher de m'imaginer déjà loin de ce poste mal payé et surtout loin de Madame Zeitoun !

A 18h30, alors que ma journée à la banque s'achève, mon rendez-vous arrive comme il me l'avait promis la veille au téléphone. En le voyant entrer dans le hall de l'accueil, mon coeur s'emballe. Tous mes doutes de la veille s'envolent peu à peu... Je le regarde, lui qui semble tout aussi maladroit face à cette situation... On va s'aimer j'en suis persuadé ! Zahara ne peut se retenir de pousser quelques petits cris de joies qu'elle contient dans ses mains.
"Ne le fais pas attendre ! tu peux partir, je pointerai pour toi et je m'occupe de fermer l'accueil !" me dit-elle avec bienveillance tout en me poussant vers la sortie.

Avec l'animateur télé, nous nous dirigeons vers le bar O'Sullivan qui se trouve non loin de mon travail. On s'installe en terrasse. Tandis qu'il commande un verre de chardonnay, je prends une bière anglaise. Je le dévore des yeux. Il me parle de sa carrière, de ses émissions et de ses projets futurs. De mon coté je lui confie mon parcours un peu atypique et mon désir d'être un jour reconnu en tant qu'écrivain. Mais je vois bien que mes galères d'auteur ne le passionne guère car il s'empresse sans cesse de tout ramener à lui et à l'univers de la télé. Je sais bien qu'il essaye de m'impressionner ou tout du moins de me faire rêver... Mais je suis quelqu'un qui regarde très peu la télé (et surtout pas le style d'émissions qu'il présente). Je reste assez hermétique à ses ambitions.
"Je n'arrive pas à croire que tu ne regardes pas la télé" me lance t'il avec étonnement.
"Je ne te dis pas que je ne la regarde jamais mais il est vrai que je regrette que la télévision soit dans sa majeure partie abrutissante et parfois humiliante. Je n'arrive pas à considérer la télévision comme le seul canal de divertissement et d'information... J'ai besoin de plus que ça"

Sur l'instant, je me demande si mes mots n'ont pas été trop durs car le jeune présentateur s'est muré dans un silence et se contente désormais de boire son verre de vin en regardant les voitures qui défilent sur le boulevard. Après quelques minutes pesantes de silence, il me raccompagne à la bouche de métro avec une légère distance. Je ne pense vraiment pas le revoir pour être honnête. Je me sens bête... je sais que l'on vient de deux univers différent, que l'on a peu de point commun... Et pourtant je ne peux m'empêcher d'admettre qu'il me plait. Alors que je suis dans mon train, je reçois instantanément un message de lui qui me remonte le moral. Il me propose une soirée dans un bar privé à côté d'Opéra pour le sur-lendemain.

J'hésite vraiment à accepter... je ne peux pas dire que ce premier rendez-vous était exceptionnel ! je décide d'appeler Sémy une fois arrivé chez moi pour avoir son avis.
"Tu rigoles !!!??? Tu as interêt à y aller ! ce mec s'est peut être une chance pour ta carrière d'auteur et pour ne rien gâcher il te plait ! alors fonce ! et soit plus FUN pour ce deuxième rencard"





J'ai bien évidemment suivi les conseils de Sémy. Ce soir, je me suis vraiment préparé pour être le plus charmant et charmeur possible. Lorsque je sors à la station Opéra, je prends un peu d'assurance en me répétant dans ma tête : "Julien, tu es drôle et léger.... Drôle et léger !"
En arrivant devant le bar privé, je vois "mon animateur" attendre patiemment, seul. Je m'approche de lui avec un stress difficilement dissimulable. Il me lance un large sourire qui me charme et me rassure.

"J'attends juste quelques amis, tu vas voir, tu vas les adorer !" me lance t-il tout en me prenant la main.
Ses amis ne tardent pas à arriver... Des garçons tous plus beaux les uns que les autres, avec des corps dessinés, mis en valeur par des T-shirts ouverts jusqu'aux nombrils malgré les températures glaciale de ce mois de décembre. Je ne peux m'empêcher de me comparer à eux, moi avec ma petite taille et mon ventre plus amoureux des crèmes glacées que des séries d'abdos à la salle. D'ailleurs très vite je m'efface. Ces garçons prétentieux et pleins de manières ne prennent même pas la peine de m'accorder ne serais-ce qu'un regard.

Une fois dans le bar, mon animateur que j'aimais déjà avec naïveté me lâche la main. Il envahit la piste de danse avec ses "amis": des clichés d'une communauté gay et d'une supériorité parisienne dans laquelle je ne me reconnais pas.
Il est évident que je pourrais partir... Personne ne remarquerai mon absence... Je n'aurai même pas à leur dire au revoir : ils n'ont même pas pris la peine de me dire bonjour et l'animateur télé m'a déjà oublié. Sa langue visite le palais d'un autre type. 
Il est à peine minuit alors avant de m'enfuir comme une Cendrillon cocufié, je m'installe au bar. Le garçon à côté de moi se met à m'adresser la parole. 
"Salut ! Tu veux boire quelque chose ? c'est moi qui invite !"
Je suis un peu étonné et lui demande timidement un Mojito. Le garçon se met à rire sans trop pouvoir se retenir... Je suis tellement fatigué par cette soirée humiliante que je pourrais me mettre à pleurer.  
"Toi, soit tu n'es pas un vrai parisien, soit tu n'es pas un garçon de la nuit" me lance t-il tout en continuant à rire. 
Il commande deux orange daïquiri et commence à se présenter. Il s'appelle Jules et s'est un peu occupé de l'organisation de cette soirée privée. Tout en me donnant mon verre il me lance, tout en me montrant mon animateur télé du doigt : 
"Je suppose que tu es venu accompagné par ce dragueur sans talent ? Oublie-le ça vaut mieux, c'est un conseil d'amis... Oh fait ! j'adore tes chroniques, je te félicite... J'espère pouvoir lire plus de chose de toi très bientôt !" 
Me voilà assez étonné, je dois l'avouer ! c'est bien la première fois qu'un inconnu me reconnait et me parle de mon travail. Je me sens assez flatter car Jules me confie sans détour et avec beaucoup de bienveillance son avis sur les quelques chroniques que j'ai partagé depuis quelques mois sur le blog All The Little Things. 

Jules est un garçon qui a beaucoup de charme, il pourrait pour certains passer inaperçu. Mais il a une lumière, une présence qui lui donne toute son importance. En l'espace de quelques minutes, il n'y a plus que lui, j'oublie tout ce qui se passe atour de nous... Quel bonheur de rencontrer quelqu'un avec qui je peux être moi et parler d'écriture. Seulement une réalité me rappelle à l'ordre, en regardant l'heure je redescends sur terre : le dernier métro ne va pas tarder à passer. Je n'ai pas envie de quitter Jules... Je me lance dans des au revoir plutôt maladroit. 

"Bon et bien, j'espère que tu liras mes prochaines chroniques avec autant d'intérêt. Ce fut un plaisir de faire ta connaissance en tout cas..." 
"Bonne nuit Little Things... Rentre bien"
C'est sur ces mots que je le vois s'éloigner dans la foule et retourner s'occuper de la logistique de cette soirée. En quittant le bar, je ne jette même pas un regard vers mon animateur télé... Il est déjà bien loin dans ma tête. Dans le métro, tandis que je commence à griffonner une nouvelle chronique sur un carnet de notes. Je réalise que je n'ai même pas demandé le numéro de Jules. Suis-je vraiment bête ou ai-je un véritable problème avec le sentiment amoureux ?...        


Conquérir le grand Amour (chronique publiée le 10 septembre 2010 sur le blog)
L’écriture, comme ses sœurs d’art, la musique ou la peinture, est avant tout un portail méticuleusement ouvert sur un jardin fragile et intime. C’est un partage, une vérité intérieure, un reflet personnel…

L’écriture est avant tout, à mes yeux, une invitation. Un grand festin que l’on partage avec des amis, des étrangers, des inconnus… Peu importe d’où l’on vienne, nos choix, nos opinions diverses, nos personnalité, nos origines… Nous avons tous quelque chose à raconter… Que ce soit en écrivant, en chantant, ou simplement en parlant. C’est en transmettant à ses amis que l’on reste vivant et c’est en apprenant de l’Inconnu que l’on acquière une grandeur d’âme. C’est en se faisant cette promesse de découverte et de partage que l’on devient un Homme.

Bien évidemment, à travers ces histoires diverses que vous côtoierez le long de la route, on vous parlera inévitablement d’Amour. Valeur universelle que l’on croit avoir apprivoisé mais qui reste bien hors de porté. Il est difficile d’aimer, il y a tellement de façons, de manières, de codes qui s’imbriquent dans l’Amour.

Je m’intéresse comme tout être à cette notion qu’est l’Amour. A travers mes récits, la part est toujours faite à l’Amour, qu’il soit impossible, passionnel, interdit ou encore destructeur. L’interrogation que suscite en moi ce sentiment est grandissante tant je pense que plus les siècles passent, plus les gens en perdent réellement le sens. Nos sociétés modernes désacralisent l’Amour… Le partage, l’apprentissage de soi, la découverte… Sont des valeurs qui s’effacent peu à peu. L’Amour n’est vue d’ailleurs aujourd’hui qu’à sa forme la plus élémentaire sous un ordre chronologique bien précis : Deux êtres, un café, une boite de nuit, du sexe, un test de grossesse, un mariage, un bébé, un appartement, un lecteur Blu-Ray, Une télévision HD et… Un divorce sanglant.

Je sais reconnaître le regard blafard de ces gens, qui pensent vivre pleinement l’Amour avec cette personne qui leur sert de sac à main. Ils n’oseront jamais le dire, mais grâce à cette situation, ils se sentent un peu plus accomplit… Un petit peu plus vivant… Pourtant, je suis célibataire et je ne pense pas être plus mortel qu’eux… L’Amour détient une valeur si vaste, si infini… Il y a des millions de façon d’aimer. D’aimer ses amis, d’aimer son âme sœur, d’aimer les rencontres, aimer apprendre, aimer comprendre, aimer la vie… Faut-il encore ne pas l’oublier ou du moins en avoir une infime conscience. 

C’est pour cela que les gens qui vous disent sottement « Moi j’attends mon grand Amour » n’ont (je pense) rien compris à la vie. Personne ne doit attendre l’Amour… Il n’y a pas d’abris bus crée à cet effet… L’Amour est une montagne qui n’est pas inaccessible. Il suffit de continuer à gravir ses écueils chaque jour un peu plus… Car c’est en prenant conscience de la valeur et de l’éventail infini qu’est l’Amour que l’on peut espérer atteindre la sagesse. Je pars conquérir l’Amour chaque jour. Auprès de ma famille, de mes amis… Au cours des voyages et de leurs rencontres enrichissantes. En remontant le fleuve de mes racines, en écoutant les histoires de mes pères, en n’oubliant pas que je suis à ma manière une poussière de "grand amour" pour mon prochain. Peut être qu'un jour je serais à mon tour sa famille, son ami, son fleuve ou son père. C’est en faisant ce long voyage et ces rencontres, que l’on trouve le grand amour... Certainement pas en se donnant des anneaux ou en partageant un simple lit. 

Aujourd’hui je ne connais pas (ce que l’on appelle) ma moitié… Mais cela ne veut pas dire que je ne connais pas le Grand Amour, puisque que celui là est un tout… Et je reçois, je donne et je partage déjà un Amour bien assez Grand.

dimanche 25 février 2018

Chronique 2015 : Il n'était plus là

Avant propos de la chronique : 
Ecrite fin octobre 2015, cette chronique est le reflet d'un instant court et fugace de ma vie. Entre août et novembre 2015, je travaille pour la boutique du pâtissier Pierre Hermé à Saint Germain des Prés. Je retrouve alors Paris et son rythme infernal... Dans cette chronique, il est question de Pépé, un sans abris qui était devenu, au fil du temps, un visage familier de mon quotidien parisien. Ayant quitté les boulevards de Paris entre 2011 et 2015, j'espérais le retrouver, après tout ce temps, dans les dédales des couloirs de métro...  



Je déteste le passage à l’heure d’hiver. Ce moment de bascule où la nuit l’emporte sur le jour. J’éprouve comme un malaise, une tristesse… Presque un deuil des soleils passés. 
Ce soir, la pâtisserie de la rue Bonaparte était calme et sans bruits. Les parisiens semblaient s’être tous enfermés chez eux. Ma collègue Charlotte réapprovisionnait la vitrine de chocolat, Audrey comptait la caisse en prévision de la fermeture et je commençais à ranger les derniers macarons et les quelques pâtisseries invendues.

Comme chaque soir, une fois le rideau de la boutique baissée, nous nous sommes partagés les dernières gourmandises. Mais depuis quelques mois, mon estomac commençait à tirer la sonnette d’alarme. Il serait grand temps d’arrêter de succomber à l’appel du sucre. Il m’est soudainement venu une idée… je savais à qui ses pâtisseries offriraient le plus grand bonheur : un ami, que je n’ai pas revu depuis bien années.

Lui, il s’appelait Pépé… Je le croisais chaque matin, ce vieux monsieur, du temps où je travaillais dans les Grands magasins puis au siège de la banque. Il était toujours là devant les Escalators qui menait vers la ligne 7. Assis en tailleur, son chien couché à ses pieds, il tendait un gobelet en carton en direction des gens pressés et insensibles. Nous avions noué un lien particulier avec le temps, il m’est arrivé bien plus d’une fois de lui offrir un café ou de lui donner l’intégralité de mes coupons restaurants. 

Pépé faisait parti de ces visages qu’il me faisait plaisir de croiser chaque matin sur la route du travail. J’aurai voulu faire bien plus pour lui. Je n’étais qu’un peu de chose dans cette capitale. Je savais que Paris m’exploitait et me piétinait mais lui, Paris l’avait tout simplement oublié.  La vie s’est joué de nous et de nos petits arrangements, j’ai changé de travail, quittant les couloirs de métro… M’en allant travailler loin de Pépé et des extravagances parisiennes. 

Mais depuis quelques mois, me voilà de retour… Et il est vrai qu’il ne m’est pas venu à l’idée de passer par la station Opéra pour le retrouver. J’appréhendais de le revoir, après toutes ses années. J’avais le sentiments de l’avoir abandonner… D’avoir trop vite tourné la page sur son histoire, comme tant de gens le font pour garder leur bonne conscience. En quittant la boutique de Pierre Hermé, j’ai remonté le boulevard Saint Germain, qui se tapissait peu à peu de feuille morte. Tout en suivant la longue série de réverbères, je me suis engouffré dans les couloirs du métro avec hâte. 

En arrivant à ma station, je découvris qu’il n’était plus là. Tout semblait comme autrefois… La poubelle contre laquelle il s’adossait, les Escalators usés et grinçant. Les sols jonchés de tickets abandonnés, de crachats et de chewing-gum décolorés… Oui tout était comme autrefois mais il n’était plus là. 

Avec mon carton de pâtisseries j’ai arpenté quelques couloirs en espérant le retrouver plus loin… Mais rien. Alors j’ai commencé à m’en vouloir… Je me devais de veiller sur lui, et je ne l’ai pas fait. Un autre sans-abris de la station est venu à ma rencontre, lorsque je lui ai évoqué Pépé, il m’a dit que cela faisait plusieurs années que personne ne l’avait revu par ici. Où était-il ? tant de scénario ont traversé ma tête… Hélas j’avais peu d’espoir le concernant. J’ai laissé mon carton de pâtisseries à cet autre monsieur avant de monter dans le dernier métro.   
   
Je déteste le passage à l’heure d’hiver. Ce moment de bascule où la nuit l’emporte sur le jour. J’éprouve comme un malaise, une tristesse… Et en plus ce soir, dans ce train qui me reconduit à la maison, je dois faire le deuil des soleils passés. 


lundi 29 janvier 2018

Chronique 2016 : De ce temps là, il ne reste... Que peu de choses

Avant propos de la Chronique : 
Cette chronique a été écrite dans mon petit appartement le 25 octobre 2016. Juste après la publication d'un nouveau chapitre des "chroniques d'un auteur perdu", une ancienne collègue de travail m'a envoyé un message touchant et assez réparateur. Je ne vous en raconte pas plus puisque tout se trouve dans la chronique qui suit...



C’est assez étrange comme le passé peut revenir frapper à votre porte. Certains vous diront que lorsque vous l’entendez soupirer derrière les murs, il vaut mieux s’en éloigner.
De mon côté j’ai toujours ouvert la porte au passé et parfois cela m’a amené de touchante surprise. 
Cette chronique un peu particulière je la dédie à une femme de mon passé qui ce soir m’a offert le plus beau geste qui soit. Il y a à peine deux heures j’ai ajouté un nouveau chapitre de mes chroniques sur le blog. Un chapitre dans lequel je parlais furtivement de mon expérience professionnelle chaotique pour la maison Marni (Manoli). 

Ce chapitre s’ajoutait aux nombreux que j’avais déjà partagé. J’en attendais les mêmes retours qu’à l’accoutumé de la part de mes amis proches et de quelques lecteurs anonymes précieusement acquis. C’est alors que j’ai découvert un long et touchant message de Christelle, une de mes anciennes collègues de ces années déjà lointaines : 

« Si tu savais comme j'étais mal a ce moment.. Nathalie c'était quelqu'un d'extrêmement lunatique et difficile à cerner. Sache que si nous avions su (en tout cas pour ma part) qu'elle aurait une réaction aussi extrême à ce moment là, je n'aurai jamais répondu à ses questions. Tu avait du potentiel et avec un peu de temps je suis sûr que tu aurai pu lui prouver mais elle en a décider autrement.. Et à ce moment là, impossible de lui faire changer d'avis. Et je suis aussi passer par là avec elle.. D'où ma démission un peu du jour au lendemain. En tout cas sache que si je pouvais revenir en arrière, je l'aurai fait. Et surtout, ne perds jamais confiance en toi ! Ton histoire m'a touché en tout cas! »

Ce message m’a énormément touché… Parce que cette époque ne me ramène qu’à des blessures qui ont été longues à panser et à oublier. J’avais ressenti une telle injustice, une méchanceté presque démesurée et exagérée. Je n’avais ressenti pourtant à cette instant aucune colère, j’avais été simplement humilié et ramené au rang d’un « peu de chose ». 

Je me suis mis à lire et relire les mots réconfortant de Christelle avec reconnaissance et soulagement… Depuis 2010 j’avais pourtant cru avoir dépassé ce malaise. En réalité, il était toujours là, bien caché dans un coin de ma tête à venir parasiter et anéantir, à la moindre occasion, ma confiance en moi et ma force pour avancer.  

Sans le savoir Christelle venait d’avoir les mots que j’avais tant attendu il y a six ans. Les mots simple, les mots vrais qui me permettrons d’avancer. De ce temps là, il ne reste que peu de choses. Nous avons fait tant de chemins depuis et finalement si peu ensemble. Mais je ne pouvais pas laisser cette missive sans réponse… J’avais besoin de lui dire merci et d’achever ce malaise que j’avais trop longtemps imposé à mon coeur. 


«Ton retour me touche énormément. Il est vrai que de cette époque je ne garde que de douloureux souvenirs mais je te suis reconnaissant de me dire tout cela aujourd’hui. J’ai (bien heureusement) réussi à me reconstruire après cette histoire, j’ai même suivi la voie de mes passions avec plus d’entrain et de détermination. En tout cas tu es la seule belle rencontre que j’ai faite là bas, n’en doute surtout pas, je te le dis avec sincérité. J’espère que tout va également bien pour toi. Merci tes mots ! »    

* Retrouvez le chapitre des Chroniques d'un Auteur Perdu qui se réfère à cette histoire : Chapitre 5 : Cher Journal... Je suis viré. 

mardi 7 mars 2017

Chronique 2016 : Si peu d'étoiles

Avant propos de la chronique :
Cette chronique fut écrite en Septembre 2016... La chaleur des derniers jours me faisait profiter de nuits plus fraiches et inspirantes... Mais point d'étoiles dans le ciel... Point d'étoiles dans mon coeur. Il semblerait que chaque jour qui passe m'éloigne un peu plus de Paris et son effervescence.




Je profite de cette soirée de chaleur pour me poser un instant sur mon balcon. Pour retrouver le calme, faire le point et contempler le ciel. Il s’agit surement d’une des dernières soirées agréable de l’été avant que l’automne reviennent peu à peu s’installer sur Paris. 

Allongé dans ma chaise longue, je scrute le ciel. Je suis un amoureux de la nuit, c’est dans ses méandres que je trouve le plus souvent l’inspiration… Mais je n’avais jamais vraiment pris le temps de la contempler et de la comprendre. 

Le ciel est clair et dégagé ce soir, pourtant il y a si peu d’étoiles. Dix, quinze peut être… Mes yeux les distinguent à peine. Elles se disputent le ciel avec les éclairages outranciers de la ville et les spots des monuments qui tournoient sans cesse tout en leur volant leur lumière. 

Dix, quinze étoiles peut être… peu importe, les parisiens les ont oublié… Elles qui sont si peu nombreuses. En réalité, elles sont comme les fées. Toujours là, toujours rayonnante et rassurante mais nos yeux aveuglés par la ville ne les distinguent plus.

Je tente de me concentrer pour les voir réapparaître. Elles qui régnaient sur le ciel dans mes plus doux souvenirs d’enfance. Il me semble en percevoir, deux, cinq ou dix de plus… Est ce vraiment des étoiles ? ou simplement un mirage ? Que c’est triste que Paris possède si peu d’étoiles. 

Si j’écris souvent la nuit, c’est parce que j’aime son calme et sa quiétude. La nuit, la vie se met en suspens, elle semble s’arrêter et laisse s’exprimer les silences les plus inspirant.
Allongé sur ma chaise longue, j’oubli le ciel. Je ferme les yeux et j’écoute le calme des dernières nuits de l’été. 

J’entends sans mal, le vent léger qui caresse les arbres de ma rue et finis sa course sur mes joues reposées. Je porte mon oreille plus loin mais la nuit parisienne ne m’offre pas la berceuse attendue. Où sont les grillons qui chantent dans l’herbe fraiche ? Où sont les oiseaux nocturnes qui murmurent avant de partir à la chasse ? 

Mon oreille ne perçoit que le son monotone des voitures qui vont qui viennent, des Klaxons des gens qui court après le temps et les freins stridents des conducteurs énervés. Cette nuit que je croyais si bien connaître m’apparaît abimée, délaissée. Rien n’est calme par ici, rien n’est doux, rien ne brille. 


Mes nuits parisiennes resteront des nuits d’écritures mais avant de retourner dans mes créations, je voulais prendre le temps de le dire : j’aimerai tellement revoir des étoiles sur Paris…      

lundi 30 janvier 2017

Chronique 2017 : Dire au revoir...

Avant propos de la chronique : 
Le 25 janvier 2017, ma vie a pris un nouveau chemin. J'ai dû me séparer de nombreuses personnes que je chérissais et à qui j'offre des "au revoir" maladroits et émus dans cette chronique assez particulière. Une chronique qui nous appartient et que nous seul pouvons vraiment comprendre.  


S'il y a bien une chose pour laquelle je ne suis pas doué... c'est pour dire au revoir.
Mais je ne pouvais pas tourner la page, avancer et grandir sans prendre le temps de vous dire, à chacun d'entre vous, comme je vous aime et à quel point vous allez me manquer.

Comme il est rare de rencontrer autant de gens formidables et attachants dans un si petit espace. Vous avez été pendant un peu plus d'un an ma famille, mon quotidien, mes confidents, mes amis... Bien plus que des collègues, vous êtes entrés chacun dans ma vie sans que je m'y attende vraiment.

Suis-je la même personne avant et après notre rencontre ? je ne pense pas... Lorsque je suis arrivé en décembre 2015, je portais en moi encore tant de cicatrices et d'incertitudes que je ne voulais me lier à personne, garder mes distances, me contenter de travailler et de me consacrer à l'écriture dans l'intimité. Mais vous m'avez tous tendus les bras, chacun à votre manière et je suis entré dans la famille malgré moi... Comme il est triste et dur d'en sortir, croyez moi !

Mon départ a été précipité mais nous savions tous que ce jour arriverait. Je regrette que cela se soit terminé ainsi... Sans avoir pu posément vous dire au revoir. Je pars avec tant de souvenirs, tant de fous rires et tant d'amours... Vous m'avez reboosté, je m'engage sur la nouvelle route qui se dessine avec sérénité et optimisme grâce à vous. 

Je ne peux pas dire que cette entreprise me laissera une image incroyable, je ne remet nullement en question son fonctionnement ou ses principes : je pense que j'étais à la fin d'un cycle et qu'il était temps pour moi de m'éloigner de la vente... Si il y a trois choses que je devais retenir de Longchamp, se serait vous, vous et encore vous !...

Emily, ma jolie et souriante Emily, ma première rencontre chez Longchamp... Tu es devenue importante dans ma vie, une confidente, un rayon de soleil, une redoutable adversaire au quizz Disney et je ne doute pas un instant que notre amitié perdurera bien au-delà. 

Laura, ma jumelle, qu'est ce que nous avons rit, parfois avec retenue parfois avec exagération... Tu m'as remontré le chemin, les priorités et la place que je dois donner à mes passions. Je ne te remercierai jamais assez pour tout ça. 

Jo, tu es un mec impressionnant (pas que par la taille), j'ai rarement vu autant de générosité dans un seul homme, j'ai trouvé un grand frère, qui est tout même capable de m'assassiner au Ti Punch #gameover ! 

Soksa, ma première vendeuse adorée, je t'en ai fais voir de toute les couleurs. Qu'est ce que j'ai eu peur de toi les premières semaines ! Mais tu es tellement attachante, j'étais obligé de t'aimer très fort, j'ai joué de mes charmes et tu as craqué aussi hihi !

Céline, tu es la maman du magasin. La douceur, la fragilité et la détermination réunies. Tu es toujours là lorsque ça ne va pas et tu es une partenaire redoutable aux jeux d'alcool... Mes 29 ans s'en souviennent encore ! 

Déborah, je n'oublierai jamais ton rire bien sûr ! tu arrive toujours à redonner de la joie aux gens, tu as cette douceur et cette positivité que tous le monde recherche dans la vie, ne change pas ! (même pas pour une coloc') 

Olga, je me suis retrouvé très vite en caisse à tes côtés, tu as été mon guide spirituel des détaxes et j'ai été ton professeur de français. Je t'adore, ta légèreté, ton humour... Tu m'as tant soutenue dans mes projets. Je crois en toi aussi ! 

Julie, bon c'est vrai, je venais souvent bavarder avec toi entre deux clients... Tu es notre petit bébé à la boutique, on prend tous soins de toi mais on le sait déjà tu es pleine de ressources et tu va nous étonner dans les années à venir j'en suis sûr. 

Yasmine, bon c'est vrai, je bavardais trop avec toi aussi (c'est en faisant le tour de tout le monde que je me rends compte que j'abusais de ouf en fait lol) tu es un peu la personne qui m'a poussé vers les forêts Québécoises ! j'espère qu'on s'y retrouvera bientôt ! 

Andry, Monsieur bagagerie, SAV ! oh tu n'es pas que ça loin de là. Tu es un mec généreux, altruiste et un artiste bourré de talent... ton avenir est plein de lumière, il va t'arriver des choses extraordinaire et tu les mérites au centuple.  

Sara, tu es une vrai pipelette ! j'ai jamais vu ça ! Mais tu es vraiment une amie comme tout le monde aimerait trouver sur sa route. Tu es sincère, entière et passionnée... Ne laisse jamais personne te rabaisser et te faire croire le contraire. 

Farzou, on a bien rigolé en caisse, surtout qu'on est deux personnes qui ne mâche pas leur mots avec les clients. Mon petit doigt me dit que cette année va être très spéciale pour toi mais... Chut. Je te souhaite tous le bonheur que tu mérites.  

Sylla, comme j'ai aimé nos conversations entre deux réassorts de Pliages, nous avons tous le deux une vision similaire du monde et des transformations qu'il doit opérer. Tu es une personne extraordinaire, ouverte et tolérante... Mais attention aux pauses hihi  

Renato, le charmeur de la boutique. Avec toi on peut rigoler de tout, tout le temps. Je sais que je t'ai beaucoup embêté... Je m'en excuse hihi. Bon j'attend toujours ta photo de vacances sur la plage au Portugal, je ne perds pas espoir !  

Bruno, je n'ai même pas pu te dire au revoir mon ptit chat. Bruno tu es le grand enfant de la boutique. Tu as cette candeur et cette gentillesse qui font qu'on est obligé de t'aimer dès la première minute où on te rencontre. 

Chiara, tu es arrivé depuis peu dans l'équipe c'est vrai, mais on t'a tout de suite adoré ! tu es la reine du jeu de fléchette et la reine du dance floor, ce n'est pas rien ! Reste toujours la femme rayonnante que tu es !   

Charlène, on se retrouve sur beaucoup de points, Longchamp n'est qu'un passage éphémère. Je sais que tu suivras bientôt nos pas et que ta carrière future sera pleine de succès. On a eu des conversations très osés sur le floor, je dois l'avouer, tu connais beaucoup de choses "secret défense" sur moi ! 

Je n'oublie pas les autres bien sûr dont je n'ai pas le contact sur internet mais que j'aime et regrette tout autant : Mehdi, Stephanie, Ludo, Mam's, Yves, Nora, Thibault, Sylvie, Joelle, Eufracia, Ophélie, Mr Mathieu

Ne changez pas... Restez cette famille soudée que j'ai aimé retrouver au quotidien ! 

C'est vrai, s'il y a bien une chose pour laquelle je ne suis pas doué... c'est pour dire au revoir.
Mais je ne pouvais pas tourner la page, avancer et grandir sans prendre le temps de vous dire, à chacun d'entre vous, comme je vous aime et à quel point vous allez me manquer. Comme il est dur de devoir vous dire au revoir...      

lundi 20 décembre 2010

Chronique 2010 : Une Enfance très… Dorothée

Avant propos de la chronique :
En décembre 2010, la star des enfants des années 80-90, Dorothée, remonte sur scène. Je fais biensûr parti de cette génération qui a grandi le nez collé devant ses émissions et les oreilles remplies de ses chansons. La chronique qui suit est un hommage à mon enfance et à une époque que je n'oublierai jamais... Ecrite en décembre 2010 juste après le concert, cette chronique sera publié sur le blog le 4 Février 2011.


Aujourd’hui, je m’intéresse à ces marques que nous laissent l’enfance. Ces souvenirs bons ou mauvais qui nous accompagnent et surtout, nous forgent. Je vais (si vous le voulez bien) vous raconter cette petite histoire, qui pour beaucoup ne serait en réalité que broutille … Pourtant à mes yeux c’est un souvenir impérissable… Une lueur qui restera à jamais dans mon petit cœur puisque que c’est avant toutes choses… Un bout de mon enfance.

Nous sommes le 18 décembre 2010 et malgré le froid qui englobe la France, la neige qui tombe sur la capitale, je me prépare à retrouver celle qui berçait mes après-midi de bambin… Dorothée.
Pour mieux comprendre cette jolie petite histoire, il faut remonter à l’hiver 1990. En ce temps là je n’ai que trois ans, pas de soucis dans la tête ou de devoirs dans mon cartable… Juste mon vieux magnétophone à cassettes pour écouter cette chanson qui est sur toutes les lèvres à l’école maternelle : Hou la Menteuse.


J’habite avec Papa et Maman dans un petit HLM de Noisiel et il n’y a qu’une seule émission que je ne raterais pour rien au monde… Tous les soirs je m’assois confortablement dans le canapé au côté de Maman tout en mangeant mon pain au chocolat accompagné d’un verre de jus d’orange. Nous regardons ensemble : Le Club Dorothée. Aujourd’hui, Papa rentre juste à tant pour voir la fin du show télévisé qui se termine ce soir par « Tremblement de Terre ».

Le mercredi après midi de cet hiver 90, Maman me prépare une sortie tout à fait inattendue sur Paris. Mais je n’ai nullement envie de sortir. Alors je boude. Car en réalité elle me fait rater le Club Dorothée Spécial Bercy présenté par Jacky, Ariane, Corbier et Patrick. Après 40 minutes en RER à bougonner, j’arrive devant le fabuleux POPB, je comprends rapidement que Maman vient de nous offrir deux places pour le spectacle. Je pourrais vous raconter ce moment de bonheur à regarder Dorothée sur scène mais je vous mentirai car en réalité je n’en ai absolument aucun souvenir…Celle qui s’en souvient le mieux, c’est Maman. J’adore lorsqu’elle évoque encore avec nostalgie cet après midi, elle avait pris les places les moins chers, perchées au sommet de Bercy. Car dans le fond elle craignait que je sois bien trop petit pour aller à un concert mais nous tentâmes l’expérience. La suite vous vous en doutez… c’est que je ne suis pas resté sur ma chaise un seul instant et j’ai dansé, sauté avec papa nounours sous le bras et le micro de mon magnétophone à cassettes dans les mains pour chanter avec Dorothée « Allo Monsieur L’ordinateur » ou encore « Maman».

Bercy 90 est passé, j’ai maintenant 4 ans, et les compacts disques remplacent peu à peu les cassettes. Pourtant cet été là sur les routes de Provence, dans la voiture de Tonton Jean Pierre, j’écoute à tue tête sur le radio cassette « Chagrin d’amour », entre deux vomissements dans les herbes hautes des ravins qui abritent les cigales chanteuses (oui j’ai toujours été malade en voiture !). Pour consoler mon petit cœur de ces trajets insupportables, Tonton m’achète mes premiers compacts disques (je vous le donne en mille) : « Dorothée et le jardin des chansons ».

De retour à Paris, une nouvelle année scolaire redémarre. Chaque dimanche je retrouve le sourire devant "Pas de Pitié pour les croissants" et "Terre Attention Danger". A l’approche des fêtes, à l’école, cette peste de Charline me pousse d’un banc dans la cour de récré. Résultat, fracture au bras et une grosse frayeur pour tout le monde. Moi dans le fond ma seule grosse peine aura été de rater la venue du père Noël à la cantine pour sa traditionnelle distribution de chocolats. Pour remonter mon petit moral, Maman s’empresse de me montrer le télé 7 jours qui ne quitte jamais la table du salon. Dorothée est en Prime time pour le réveillon de Noël dans une émission musicale intitulée « Le cadeau de Noël ». C’est donc en toute évidence que ce 24 décembre se déroule devant TF1. Dans mon assiette il y a un steak et des pommes noisettes, j’ai même droit à mon verre de champomy. Papa et Maman eux ont un repas certes plus adulte pourtant ce soir, nous sommes tous les 3 des enfants en attendant l’arrivée du Père Noël à Noisiel.


Comme tous les 25 décembre, il y a l’ouverture des cadeaux sous le sapin et une nouvelle fois Dorothée est de la partie avec le CD "les Neiges de l’Himalaya". Tout en découvrant mes cadeaux, les uns après les autres, je ne pense déjà plus qu’à une chose : l’arrivée de Mimi, la vieille cousine de Papa. Je la considère un peu comme ma troisième grand-mère et ce que j’aime le plus chez elle, c’est qu’elle adore Dorothée. Dès que l’interphone sonne, j’accourre avec mon nouveau Cd dans les mains. Mimi arrive toujours les bras chargés de bons plats achetés par ci par là. Et même si j’adore toutes ces attentions qu’elle nous porte, il n’y en a qu’une chose que j’attends avec impatience : c’est de chanter avec elle les chansons du nouvel album de Dorothée.

Pendant que je fredonne ces mélodies sur les genoux de Mimi, elle sort discrètement de son sac quatre billets pour Dorothée Bercy 92. Quelques semaines plus tard me voilà de nouveau au POPB avec Papa, Maman et même Mimi. On a chanté et rigolé sur "Les Neiges de L'Himalaya" ou encore "Attention Danger"… J’ai même rencontré Dorothée car je ne pouvais pas lui offrir la traditionnelle rose à cause de mon bras dans le plâtre, j’ai pu donc rejoindre les membres du club Dorothée dans les coulisses pour la lui remettre...(La classe non ?)


Nous sommes en 1993, et je me demande toujours pourquoi, je ne suis pas dans le générique des anniversaires Club Dorothée… (Chose que je comprendrais bien plus tard… Car oui, je n’avais pas ma carte de membre donc ça ne risquait pas ! Je sais… J’ai toujours était un garçon très bête). Cette année là Dorothée chante « Une Histoire d’Amour », Mimi et Maman s’empressent de m’emmener la voir dans Bercy 93. Papa prépare notre départ du petit HLM pour un appartement plus grand à Noisiel. Tous les soirs avec Maman notre petit rituel ne faiblie pas, nous regardons ensemble les programmes AB (Hélène et les Garçons, Premier baiser, Salut les musclés…).


L’été 93, un nouveau chez nous et aussi une nouvelle école, j’ai désormais 6 ans, et pendant que Papa et Maman repeignent les murs de notre nouvel appartement avec Tatie et Mimi, je redécouvre dans les cartons tous les anciens CD de mon idole favorite. Je rentre à l’école primaire et me fais une nouvelle camarade de jeux : Marine qui est aussi ma voisine. Maman m’inscrit dans le même temps au conservatoire de musique dont je suis les activités le mercredi après midi. Certains pourraient penser que j’abandonne mon rendez vous avec le Club Dorothée... pourtant même s’il m’est impossible de le regarder dans sa totalité, il y a toujours cette place si particulière pour mes copains préférés.

En 1994, je vais sur mes 7 ans. Dorothée voit trèèèèès loin dans le temps et chante "2394". De mon côté je découvre les joies de l’école et des devoirs à rallonge. Mimi vient presque tous les dimanches, notre rituel de chanter les chansons du passé reste intact. Pourtant mon attrait pour le Club Dorothée diminue et je passe plus de temps chez Marine à jouer et discuter, qu’à regarder la télévision. Mimi m’offre à nouveau des places pour voir Dorothée à Bercy. C’est avec Maman et Papa que je me rends au POPB pour danser, chanter, crier et hurler ! Un spectacle qui restera dans ma mémoire à jamais… Un moment magique qui ne présageait en rien que je ne reverrais pas Dorothée sur scène pendant 16 ans.

Les modes passent, les musiques changent et les enfants grandissent, Marine se trémousse sur les airs des Spice Girls quand à moi je voue une passion sans faille pour les Pogs et les billes. Les mercredis se déroulent désormais de la sorte, matin cours de solfège, après midi, cours de trompette et cours de chant. L’école devient de plus en plus omniprésente et les devoirs sont certainement mon fardeau pour la décennie à venir. Mais le Club Do n’est jamais très loin, ma cousine Caroline se passionne toujours autant pour Hélène et vient depuis le sud de la France pour la voir se produire sur la scène de Bercy. (Il allait de soi que j’étais de la partie avec Papa et même Marine). Un après midi chez Marine, je découvre le nouvel album de Dorothée "Nashville Tennessee", où celle-ci entonne fièrement "je suis Folle de Vous". Maman regarde désormais seule l’émission du Club pendant que je suis au conservatoire. Elle m’enregistre minutieusement les séries qui m’intéressent et surtout les chansons de Dorothée.

En 1996, j’ai 9 ans et je passe mes après-midi avec Marine à espionner les rencards foireux de mes voisins adolescents Michael et Stéphane qui retrouvent sur la colline derrière l’école, des filles super top gomore, avec leurs Reeboks roses, leurs vestes en jeans, et leurs salopettes beige. Caché derrière un buisson, Marine pouffe de rires tandis que je dévore un sachet de m&m's. Ce soir comme depuis plusieurs soirs déjà, je ne regarderai pas le Club Dorothée. Mimi vient toujours me retrouver avec Papa et Maman. Mais désormais alors qu’ils boivent des cafés noirs tout en jouant au rami, j’attrape un mazagran pour faire de même, accompagné d'une larme de lait et ainsi jouer les grandes personnes en parlant de l’école. "Les chaussettes rouges" et jaune à petit pois, "les Neiges de l’Himalaya" ou "Ho dou lou" resteront dans ma chambre cet après midi, car Mimi préfère désormais m’entendre jouer des petit airs de jazz à la trompette.

Les premiers voyages et les premières fêtes de 1997, je pars en classe de découverte. Papa, Maman et Mimi m’accompagnent au bus qui nous attend à 19h devant l’école. Mimi me glisse un morceau de sucre dans la poche pour mon mal de transport récurrent. Martin mon nouveau camarade de classe est impatient, nous allons partager notre chambre et c’est la première fois que nous laissons les parents derrière nous. Arrivé en Lozère avec ma classe, je fête mes 10 ans et pour l’occasion l’institutrice prépare une fête dans le hall du centre. Les musiques ne sont plus les mêmes. On se trémousse sur la Macarena ou les tubes des boys bands… Pas une minute je ne pense à Dorothée… Il semble évident que j’ai grandi. Elle chante toujours "Bonheur city", je l’aperçois ça et là de temps en temps sur le petit écran, espérant qu’elle bercera aussi la génération qui me succède.


L’été a toujours été l’occasion de partir et se retrouver en famille chez Mamie et Papi dans le sud de la France. Mais au milieu de mes jeux derniers cris, les tamagotchi et autre Furby, je découvre avec étonnement sur le programme télé de mes grands-parents cet article : Le Club Dorothée ferme ses portes. En rentrant à Noisiel, le 30 août 1997, je vais faire quelque chose qui ne m’était pas arrivé depuis bien longtemps. Je vais m’asseoir dans mon canapé, un pain au chocolat et un verre de jus d’orange sur la table, je vais allumer la télé pour un ultime Club Dorothée. Dans le fond je n’ai pas compris que c’était la fin… j’étais tellement à mille lieux des polémiques qu’essuyait le programme. Des polémiques (d’ailleurs) qui pevent faire doucement rire quand on regarde le contenu de la télé d’aujourd’hui. Ce n’était pas possible. Partagé entre ma croissance et mon enfance désormais orpheline, je regarde donc Dorothée chanter "Un jour on se retrouvera."

En 2003, J’ai quitté Noisiel… Et Mimi nous a quitté. Le dernier maillon qui me liait aux années de Dorothée semblait perdu à jamais. Ma belle, ma jolie Mimi… Devais-je à mon tour lui chanter un jour on se retrouvera ? Je n’ai jamais dis à Papa et Maman à quel point sa disparition m’avait affecté… J’ai préféré sembler fort et… Survivre. Alors que je voyais peu à peu les gens que j’aime mentir, changer ou partir, il me semblait évident que Dorothée avait fait de même… On ne se retrouvera jamais.

En 2010 j’ai 23 ans. Marine a accouché d’un petit garçon, Papa et Maman vivent désormais seuls et je travaille d’arrache pied sur mon roman tout en alliant une vie professionnel, d’abord artiste pour Mickey, puis conseiller de mode pour Marni, me voilà hôte d’accueil dans le siège social d’une grande banque. Cette année là, Dorothée revient et redonne à mon cœur une bouffée de bonheur. Je n’ai pas le temps (hélas) d’aller la voir à l’Olympia. Pourtant comme si j’avais vaincu le temps, j’écoute "Coup de Tonnerre" entre "I gotta Feeling" des Black Eyed Peas et "Telephone" de Lady Gaga.


Nous revoilà donc le 18 décembre 2010. Malgré le froid qui englobe la France et la neige qui tombe sur la capitale, je suis là devant Bercy. Il me vient tout à coup à l’esprit que moi aussi, je n’ai pas remis les pieds au POPB depuis la fin des années AB. En donnant mon billet à l’entrée, puis en traversant les longs couloirs de Bercy, toutes mes pensées sont tournées vers mon enfance… D’abord Maman et Papa qui gardent avec nostalgie l’image d’un programme familial qui m’a vue grandir… Tonton Jean Pierre et les routes de Provence gravés pour toujours sur une vielle cassette de Dorothée à la bande grésillante… Marine et une amitié aussi dansante que Rock’n roll… Et surtout Mimi que je porte ce soir plus que jamais au plus près de mon cœur. Désormais je repense à cette promesse qui prouve malgré l’absence de celle autour de qui tout cela c’est construit, que la vie nous offre parfois… bien plus que du Bonheur.

A 20h45 les lumières s’éteignent. La salle en délire scande le nom de l’idole d’une génération… Et un spectacle de folie commence. J’ai assisté à bon nombre de concerts, mais bizarrement l’ambiance n’a jamais été aussi folle que ce soir. Et il fallait être là pour réellement se rendre compte du phénomène, pour comprendre cette marque que Dorothée a laissé dans les mémoires.


Alors que cette histoire se termine, vous comprendrez peut être que je ne vous ai pas raconté celle de Dorothée… Car ce que les gens mal intentionnés ne comprendront jamais dans ce drôle de récit, c’est qu’il ne s’agit pas d’elle, ni de nous, ni de ce qu’elle est ou ce que nous étions… Il s’agit juste de l’enfance. De cette marque qu’elle laisse. Et comme bon nombre d’enfants de ma génération, c’est Dorothée qui m’a tenu la main pendant ce voyage. Voilà le rôle qu’elle a tenue auprès de nous, ni plus ni moins… Mais c’est déjà beaucoup.

La marque de cette enfance avec toi Dorothée, c’est des chansons, c’est un magnétophone à cassettes, c’est Papa et Maman rien que pour moi, Mon nounours qui danse dans mes bras, Mimi qui chante tout bas… Tu resteras ce petit bout de femme, ce lien indéfectible, ce pilier qui nous a tant de fois soutenu. Et puisque ce soir le temps n’a plus vraiment de sens j’ai envie de te dire que Je suis fou de Toi et à présent j’en suis sûr… Demain on se retrouvera.